Quatre questions sur l’avion détourné par la Biélorussie

24 Mai, 2021, 13:08 | Auteur: Aubrey Nash
  • REUTERS Le président Alexandre Loukachenko

Dimanche, l'avion de ligne de Ryanair "a redécollé de Minsk " à destination de la Lituanie, a annoncé sur Twitter la commissaire européenne en charge des Transports, Adina Valean, vers 17h15 GMT.

Les Etats-Unis "condamnent fermement le détournement forcé d'un vol entre deux Etats membres de l'UE, et l'exfiltration puis l'arrestation qui ont suivi du journaliste Roman Protassevitch à Minsk".

L'actuel rédacteur en chef de Nexta, Tadeusz Giczan, a raconté que "quand l'avion est entré dans l'espace aérien bélarusse", des agents du KGB, soutenant qu'une bombe était à l'intérieur, avaient "déclenché une bagarre avec le personnel de Ryanair".

L'avion, qui transportait quelque 170 passagers selon Vilnius, était presque arrivé en Lituanie lorsqu'il a été escorté jusqu'à Minsk en raison de rumeurs évoquant la présence d'explosifs à bord, a rapporté l'agence de presse biélorusse Belta. Roman Protassevitch, 26 ans, est l'ancien rédacteur en chef de l'influent média d'opposition bélarusse Nexta et réside en Pologne. Le président bélarusse Alexandre Loukachenko a donné l'ordre personnellement à un avion de chasse MiG-29 d'intercepter l'avion après cette alerte, selon son service de presse.

En novembre, les services de sécurité bélarusses (KGB), hérités de la période soviétique, avaient inscrit son nom et celui du fondateur de Nexta, Stepan Poutilo, sur la liste des "individus impliqués dans des activités terroristes".

A l'été et à l'automne derniers, M. Loukachenko a été confronté à mouvement de contestation historique ayant rassemblé pendant plusieurs semaines des dizaines de milliers de personnes à Minsk et dans d'autres villes, une mobilisation énorme pour un pays d'à peine 9,5 millions d'habitants.

Mais la protestation s'est progressivement essoufflée face à des arrestations massives, des violences policières ayant fait au moins quatre morts, un harcèlement judiciaire permanent et de lourdes peines de prison infligées à des militants et à des journalistes. Fondé en 2015, Nexta ("Quelqu'un" en bélarusse) avait notamment coordonné les rassemblements à travers le Bélarus, diffusant des mots d'ordre et permettant de partager les photos et les vidéos des rassemblements et des violences.

Les dirigeants de l'Union européenne avaient averti qu'ils tenaient le Bélarus pour "responsable" du sort de l'appareil, l'appelant à laisser "tous les passagers" repartir et poursuivre leur voyage. "Il n'y a aucun doute que les actions de nos organes compétents étaient en conformité avec les règles internationales", a indiqué le ministère des Affaires étrangères, réfutant les "accusations sans fondement" de pays européens, qu'il accuse de "politiser" l'incident.

L'équipage de l'appareil a été notifié par la Biélorussie d'un risque potentiel pour la sécurité à bord et a reçu pour instruction de détourner l'avion sur l'aéroport le plus proche, Minsk, a expliqué Ryanair. Par ailleurs, l'ambassadeur du Bélarus à Paris a été convoqué au ministère des Affaires étrangères.

"Une réponse ferme et unie des Européens est indispensable", lit-on sur le compte Twitter de Jean-Yves Le Drian. Le Premier ministre polonais a qualifié l'arrestation de l'opposant biélorusse Roman Protassevitch d'acte de "terrorisme d'État ", emboîtant le pas au président français Emmanuel Macron, qui avait dénoncé cet acte "inacceptable". Svetlana Tikhanovskaïa vit elle aussi en exil en Lituanie.

La répression en cours en Biélorussie a valu à Minsk une batterie de sanctions occidentales qui ont conduit Alexandre Loukachenko à se rapprocher davantage de son homologue russe Vladimir Poutine.

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