Joe Biden reconnaît le génocide arménien, la Turquie proteste — États-Unis

25 Avril, 2021, 00:19 | Auteur: Sue Barrett
  • Joe Biden a déclaré vendredi à Recep Tayyip Erdogan qu'il comptait reconnaître comme un génocide les massacres d'Arméniens en 1915 dans l'empire ottoman

C'est à l'occasion du 24 avril, date qui marque le début des massacres d'Arméniens par l'Empire ottoman en 1915, pendant la Première Guerre mondiale, que Joe Biden a reconnu le génocide arménien.

Le génocide arménien est reconnu par une trentaine de pays et la communauté des historiens.

" Les deux dirigeants ont convenu du caractère stratégique de la relation bilatérale et de l'importance de travailler ensemble à bâtir une coopération plus étroite sur les sujets d'intérêt mutuel ", a déclaré la présidence turque sur l'entretien téléphonique sans formellement faire par des sujets qui ont été débattus. "Nous affirmons l'histoire. Nous ne faisons pas cela pour accabler quiconque mais pour nous assurer que ce qui s'est passé ne se répètera jamais", a-t-il ajouté.

Sans citer les Etats-Unis, le président turc avait dès jeudi adressé une mise en garde à peine voilée à Washington.

Bien qu'essentiellement symbolique, cette reconnaissance officielle de Joe Biden est un camouflet pour Ankara et pour le président Recep Tayyip Erdogan, qui a dénoncé dans la foulée de l'annonce "la politisation par des tiers " du débat autour du génocide arménien. Selon les estimations, entre 1,2 million et 1,5 million d'Arméniens ont été tués pendant la Première Guerre mondiale par les troupes de l'Empire ottoman, alors allié à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie. Lors d'une réunion avec des conseillers, il a indiqué qu'il continuerait à " défendre la vérité contre ceux qui soutiennent le mensonge du soi-disant "génocide arménien" (.) à des fins politiques ".

Mais Ankara refuse l'utilisation du terme "génocide " et récuse toute velléité d'extermination, évoquant des massacres réciproques sur fond de guerre civile et de famine ayant fait des centaines de milliers de morts dans les deux camps.

Parmi les pays où a récemment été votée une résolution reconnaissant le génocide figurent les Pays Bas en 2018 et le Portugal en 2019.

"Je trouve que cette année avec tout ce qui s'est passé sur le sol français, avec les +Loups gris+ [groupe ultranationaliste turc, NDLR], tout ce qui se passe avec Erdogan (.) Je suis toujours là chaque année, mais alors cette année, c'est ras-le-bol avec une protestation encore plus grande que d'habitude", a dit Martine, une manifestante à l'AFP. Aussi présent au rassemblement new-yorkais, Samuel Armen, 32 ans, qui est né en Arménie, a de son côté jugé que ce geste était "étape positive", mais pas encore "suffisante". "On a eu beaucoup de promesses avec Trump et avant, on a attendu", a quant à elle dit à l'AFP Taline Nourian, croisée à Erevan.

Moins optimiste, Gregory, interrogé par l'AFP dans les rues de Jérusalem pense que cette décision "ne va rien changer".

L'annonce de M. Biden n'aura pas de portée légale, mais elle ne peut qu'aggraver les tensions avec une Turquie que le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a qualifiée de " soi-disant partenaire stratégique " qui "par de nombreux aspects ne se comporte pas comme un allié".

Le président démocrate assure vouloir mettre la défense des droits humains au cœur de sa politique étrangère.

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