L'armée met en garde les protestataires — Birmanie

16 Février, 2021, 21:30 | Auteur: Jonathan Ford
  • Birmanie: la junte militaire accroît sa répression, les manifestations se poursuivent

À Myitkyina (nord), plusieurs personnes ont été blessées dimanche quand les forces de l'ordre ont tiré pour disperser des manifestants.

Cette "coupure internet quasi-générale", selon l'ONG NetBlocks, qui n'a duré qu'une journée, et le déploiement des forces de l'ordre, qui ont tiré sur les manifestants dimanche, font craindre une répression imminente du mouvement de protestation contre le coup d'Etat. Une journaliste locale n'a pas pu préciser à l'AFP si des balles réelles ou des munitions en caoutchouc avaient été utilisées.

Les appels à la désobéissance civile ont continué d'être lancés mardi en Birmanie malgré le durcissement de la répression par la junte, qui fait fi des condamnations internationales et a inculpé une nouvelle fois Aung San Suu Kyi. Cinq journalistes ont été interpellés, d'après un média local. "On a cru qu'ils (les soldats) allaient nous tirer dessus comme par le passé", a raconté Nyein Moe, une allusion aux soulèvements populaires de 1988 et de 2007 réprimés dans le sang. Malgré cela, la mobilisation se poursuit et de nombreux fonctionnaires se sont déjà mis en grève pour protester contre le putsch.

Dimanche, pour le 9e jour consécutif, les Birmans sont descendus par dizaines de milliers dans les rues de plusieurs villes, dont la capitale Naypyidaw.

Près de la gare centrale, des habitants ont bloqué une rue à l'aide de troncs d'arbres pour empêcher la police de pénétrer dans le quartier.

L'armée a aussi diffusé une liste de sept activistes renommés, particulièrement recherchés. La prix Nobel de la paix 1991, tenue au secret depuis son arrestation, est "en bonne santé" et assignée à résidence dans la capitale administrative Naypyidaw, d'après son parti. "Ceux qui les hébergent seront (confrontés) à des actions conformément à la loi".

A Dawei (sud), sept policiers ont annoncé faire défection, dans la lignée d'informations de la presse locale faisant état de défections isolées dans les rangs de la plice ces derniers jours. Depuis le putsch, environ 400 personnes ont été arrêtées: responsables politiques, militants, médecins, étudiants. Ils ont ensuite reconduit des policiers qui cherchaient des employés des chemins de fer grévistes afin de les forcer à reprendre le travail.

Parmi la liste des sept "fugitifs" figure Min Ko Naing, une figure du mouvement étudiant de 1988, qui a passé plus de 10 ans en prison pour son rôle dans des manifestations contre la dictature de l'époque.

" Ils arrêtent les gens la nuit et nous devons être prudents ", a-t-il déclaré quelques heures avant l'émission de son mandat d'arrêt. "Ils pourraient sévir avec force et nous devrons être préparés" a-t-il ajouté.

Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, a doté samedi les forces de l'ordre de pouvoirs d'exception.

Et ce malgré la création de comités de vigilance citoyenne, dont les membres, des habitants de quartiers, sont chargés de surveiller leur voisinage en cas d'opérations nocturnes visant à interpeller des opposants.

Les généraux renforcent aussi l'arsenal répressif: ils ont autorisé les perquisitions sans mandat ou les placements en détention pour une courte période sans le feu vert d'un juge. Aung San Suu Kyi et l'ex-président Win Myint sont "dans un endroit plus sûr pour leur sécurité (.) Ce n'est pas comme s'ils avaient été arrêtés".

" Nous ne faisons confiance à personne pour le moment, en particulier pas à ceux qui portent des uniformes", a déclaré Myo Ko Ko, membre d'une patrouille de rue dans un quartier du centre de Rangoun.

L'armée, qui dispose de deux soutiens de taille aux Nations Unies (Pékin et Moscou), fait la sourde oreille face aux multiples condamnations internationales et aux sanctions annoncées par Washington.

Ils affirment avoir pris le pouvoir en respectant la Constitution et ont ordonné aux journalistes d'arrêter de parler de " coup d'Etat ".

Inculpée pour avoir importé illégalement des talkie-walkies, Aung San Suu Kyi, 75 ans, a de son côté été maintenue en détention jusqu'à mercredi à la suite du report d'une audience. Le pays a déjà vécu près de 50 ans sous le joug des militaires depuis son indépendance en 1948.

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