Birmanie : les condamnations internationales se succèdent après le coup d'Etat

01 Février, 2021, 11:39 | Auteur: Lynn Cook
  • Birmanie la communauté internationale met en garde contre un coup d'Etat

Les militaires ont déclaré qu'ils souhaitaient préserver la "stabilité" de l'Etat, au cours d'une annonce diffusée sur leur chaîne de télévision, NAME.

C'est justement ce qui semble d'être passé ce matin, et cette reprise en main par les généraux est selon eux justifiée par ces fraudes électorales dont ils accusent le parti d'Aung San Suu Kyi, pour s'assurer une large victoire face aux partis à la solde de l'Armée. "Nous avons entendu dire qu'elle est détenue à Naypyidaw (la capitale du pays, ndlr), nous supposons que l'armée est en train d'organiser un coup d'État", a-t-il indiqué à l'AFP. Plusieurs camions ont traversé à grande vitesse les rues, des partisans de l'armée agitant à leur bord des drapeaux et chantant des hymnes nationalistes, selon des journalistes de l'AFP.

L'armée birmane s'est emparée lundi matin de l'hôtel de ville de Rangoun. Les télécommunications, portables et internet, étaient gravement perturbées, a relevé l'ONG spécialisée Netblocks.

La cheffe du gouvernement civil, réélue démocratiquement en novembre dernier, a été arrêtée à l'aube avec d'autres hauts représentants de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD).

Ces arrestations et l'instauration de l'état d'urgence interviennent alors que le Parlement issu des dernières législatives devait entamer sa première session dans quelques heures.

Ce putsch, vivement condamné par la communauté internationale, n'est pas une première: depuis son indépendance en 1948, la Birmanie a été gouvernée par des régimes militaires pendant près de cinquante ans.

"Je condamne fermement le coup d'État en Birmanie et appelle les militaires à libérer tous ceux qui ont été illégalement détenus lors de raids à travers le pays". "Les Etats-Unis s'opposent à toute tentative de modifier le résultat des récentes élections (.) et prendront des mesures contre les responsables", a averti la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, dans un communiqué.

Plus d'une dizaine d'ambassades, dont celle des Etats-Unis et la délégation de l'Union Européenne, avaient exhorté vendredi la Birmanie à " adhérer aux normes démocratiques", rejoignant l'ONU dans un choeur d'inquiétudes internationales sur un possible coup d'État.

Le président birman Win Myint (centre), le 3 novembre 2018 à Rangoun.

Une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Birmanie prévue de longue date pourrait prendre un caractère d'urgence et être avancée en début de semaine en raison des derniers développements, a indiqué à l'AFP un diplomate sous couvert d'anonymat.

Les militaires dénoncent depuis plusieurs semaines des fraudes lors des législatives de novembre, remportées massivement par la LND. Les craintes avaient encore grandi mercredi après que le chef de l'armée, le général Min Aung Hlaing - sans doute l'homme le plus puissant de Birmanie - avait déclaré que la constitution pouvait être "révoquée" dans certaines circonstances. La LND, au pouvoir depuis 2015, avait largement remporté le scrutin. Mais elle avait été contrainte à un délicat partage du pouvoir avec l'armée qui contrôle trois ministères clés?

Alors que les rumeurs de coup d'Etat se renforçaient ces derniers jours, Aung San Suu Kyi avait laissé un message à la population, diffusé ce lundi par le président de la LND sur les réseaux sociaux, dans lequel elle exhorte les Birmans à "ne pas accepter" ce putsch.

"La relation entre le gouvernement et les militaires était compliquée".

"La relation entre le gouvernement et les militaires était compliquée", souligne Hervé Lemahieu, spécialiste auprès de l'institut Lowy en Australie. Le media japonais constate tout de même que la régression démocratique est plus que préoccupante, pour une Birmanie dans laquelle l'Occident avait voulu voir, ces dix dernières années, un modèle de transmission apaisée du pouvoir de l'armée vers le peuple. Le texte contient également un article interdisant aux citoyens mariés à des étrangers de devenir président, ce qui, selon les analystes, a été écrit pour empêcher Aung San Suu Kyi, mariée à un Britannique aujourd'hui décédé, d'accéder au poste.

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