Burkina Faso: des milliers d'électeurs privés de vote lors d'élections

23 Novembre, 2020, 11:40 | Auteur: Lynn Cook
  • Présidentielle au Burkina Faso Vote sous haute tension face à la menace djihadiste

Début novembre, la Cour constitutionnelle avait constaté que l'élection ne pourrait se tenir sur 17,7% du territoire, faute d'une présence de l'Etat, administrative et sécuritaire, suffisante.

Il sonnait environ 8 heures, ce dimanche 22 novembre 2020 au matin lorsque le Président sortant du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a fait son apparition à l'école primaire Patte d'Oie B, à Ouagadougou, dans le bureau de vote où il est inscrit, pour glisser son bulletin dans l'urne. Kabinet Komara a apprécié le "climat apaisé et paisible " ayant régné pendant cette journée électorale.

Dans les zones touchées par les exactions jihadistes, les autorités affirment que des forces de sécurité ont été déployées pour sécuriser le scrutin, mais aucun chiffre ou détail n'a été donné. Même quand l'armée sécurisait, personne ne voulait y aller. Dans certains endroits du nord du pays, "il n'y a pas d'élection, et c'est loin d'être la priorité des populations qui cherchent d'abord à éviter de se faire tuer par une partie ou l'autre du conflit", souligne un observateur de la région de Dori (nord). " Cinq ans durant, trois ministres de la Défense, trois ministres de la Sécurité et on continue d'abattre nos populations. On sait que ce n'est pas facile mais on aimerait qu'il y ait la paix, qu'il y ait le pardon entre les Burkinabè et qu'on puisse vivre ensemble tranquille", a estimé Abdoulaye Koula, électeur de Ouagadougou.

Le chef de file de l'opposition Zéphirin Diabré, principal challenger du président sortant, et cinq autres candidats ont dénoncé lors d'un point presse à Ouagadougou des fraudes dans l'organisation du double scrutin présidentiel et législatif de dimanche.

L'opposant a jugé "inconcevable" qu'un parti puisse gagner "dès le premier tour". M. Kaboré est donné favori face à une opposition qui n'a pas réussi à s'unir, malgré un bilan très critiqué sur le plan de la sécurité par ses détracteurs et les observateurs, qui le taxent d'immobilisme.

Les attaques des djihadistes, parfois entremêlées de conflits intercommunautaires, ont fait au moins 1 200 morts depuis 2015 et plus d'un million de déplacés, soit un habitant sur vingt, selon des statistiques fournies par nos confrères de Radio France Internationale (RFI).

Le clan Kaboré a promis, comme en 2015, une victoire au premier tour de ce scrutin considéré comme le plus ouvert de l'histoire du Burkina, pays agricole et minier très pauvre d'Afrique de l'Ouest, qui a connu de multiples coups d'Etat depuis son indépendance. Les opposants ont annoncé qu'ils s'uniraient derrière celui arrivé en tête pour le deuxième tour, un cas de figure qui n'est encore jamais arrivé dans le pays.

Des milices villageoises ont été créées par les autorités début 2020 avec l'aval de toute la classe politique ou presque. Leur ancrage local fait que leur nombre réel reste inconnu - plusieurs milliers, selon les estimations -, mais elles devraient jouer un rôle dans la sécurisation du scrutin dans les campagnes, selon certains.

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