L'ex-Première ministre Maia Sandu remporte la présidentielle — Moldavie

18 Novembre, 2020, 21:26 | Auteur: Lynn Cook
  • La victoire de Maia Sandu augure une claire baisse de l'influence russe, selon le directeur exécutif de l'Institut de la politique européenne et réformes à Chisinau Iulian Groza

A Varnitsa (sud-est), localité située près de la ligne de contact avec la Transdniestrie, des dizaines de policiers se sont bousculés avec des supporters de Mme Sandu qui ont tenté de bloquer la route pour empêcher l'arrivée des électeurs depuis ce territoire sécessionniste, généralement pro-russes, sur fond de rumeurs d'achat de voix en faveur de M. Dodon. Elle devancerait le chef de l'Etat sortant pro-russe Igor Dodon, après le dépouillement de plus de 90% des bulletins.

"Aujourd'hui, vous avez le pouvoir de punir ceux qui vous ont volés, qui vous ont réduits à la misère et contraints de quitter votre maison", a-t-elle lancé après avoir voté à Chisinau, dans une allusion claire à son rival, visé par des accusations de corruption pendant son mandat. Ce dernier était à la tête depuis quatre ans de cette ex-république soviétique à majorité roumanophone, qui balançait depuis des années entre ambitions européennes et rapprochement avec Moscou.

Alors que les résultats complets sont attendus ce lundi matin, Maia Sandu, 48 ans, n'a pas proclamé sa victoire dimanche. "Maia Sandu présidente " et "Un pays pour les jeunes", ont scandé plusieurs dizaines de ses supporteurs en applaudissant et lui offrant des fleurs, surtout jaunes, la couleur de sa campagne.

Pour sa part, M. Dodon, 45 ans, a déclaré avoir "voté pour la paix".

"Le décompte préliminaire montre que mon adversaire a gagné cette élection", a déclaré Igor Dodon.

"Ma mission est de sortir le pays de l'isolement international et d'établir de bonnes relations avec la Russie, ce qui résoudra des problèmes importants pour les citoyens".

La victoire de Maia Sandu augure "une claire baisse de l'influence russe", a constaté le directeur exécutif de l'Institut de la politique européenne et réformes à Chisinau, Iulian Groza.

Maia Sandu, qui a la réputation d'être incorruptible, "va faire avancer les réformes" et "va pouvoir défendre les intérêts nationaux en dialoguant avec la Russie", a ajouté Iulian Groza.

Economiste de formation, elle a travaillé pour la Banque mondiale à Chisinau de 1998 à 2005, puis à Washington de 2010 à 2012.

Confrontée cette année à des mouvements de protestation au Bélarus et au Kirghizstan qu'elle considère comme sa zone d'influence après avoir perdu depuis 2014 ses liens avec l'Ukraine, la Russie soutenait ouvertement le président Dodon. Avant un bref passage comme Première ministre en 2019, elle avait également dirigé le ministère de l'Education.

L'opposante Sandu a reçu le soutien de Bucarest qui a de forts liens historiques avec Chisinau. Jusqu'à 40% de sa population, selon les estimations, est partie à l'étranger pour échapper à la misère.

Coincée entre l'Ukraine pro-occidentale et la Roumanie, membre de l'Union européenne, le pays a été secoué en 2015 par un énorme scandale de corruption avec la disparition d'un milliard de dollars - l'équivalent de 15 % du PIB - des caisses de trois banques. Moscou a publiquement soutenu M. Dodon en accusant les Occidentaux d'ingérence et d'orchestrer "un scénario révolutionnaire" pour la Moldavie, qui a déjà connu des contestations post-électorales.

Maia Sandu avait créé la surprise en arrivant en tête du premier tour de la présidentielle grâce au soutien inédit de la diaspora.

"On craint des fraudes" Les derniers sondages donnant les deux candidats au coude à coude, l'issue du vote pourrait à nouveau être décidée par la diaspora moldave en Europe que Mme Sandu a expressément exhorté à voter.

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