La proposition de loi "sécurité globale" fait polémique

18 Novembre, 2020, 15:39 | Auteur: Sue Barrett
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Les syndicats de journalistes qui appelaient à ce rassemblement au côté de la Ligue des droits de l'homme, d'Amnesty International et d'autres organisations comme Reporters sans frontières, estiment qu'elle revient de fait à interdire aux journalistes et aux citoyens de filmer les policiers en action, et empêcherait, par exemple, de documenter les violences policières. "On s'étonne de ne pas pouvoir organiser un rassemblement citoyen devant la préfecture contre un texte qui menace gravement les principes fondamentaux de notre démocratie d'autant plus que ni la LDH ni les autres signataires de l'appel ne sommes connus comme des gens qui portent régulièrement atteinte à la sécurité publique et à la paix des familles", s'offusque Jean-François Mignard, le président d'honneur de la LDH à Toulouse.

Tandis que les députés commencent ce mardi 17 novembre l'examen du texte sur la sécurité globale, les Français sont descendus, par centaines, dans les rues de Paris pour le dénoncer. Les députés aborderont d'abord ces deux thématiques réputées plus consensuelles, mais qui n'échapperont pas aux banderilles des oppositions, les communistes rejetant en bloc "un désengagement de l'Etat sur ses missions régaliennes".

L'élargissement proposé des pouvoirs de la police municipale ne manque pas non plus de soulever ses interrogations. Ce dernier prévoit de pénaliser d'un an de prison et 45.000 euros d'amende la diffusion de "l'image du visage ou tout autre élément d'identification" d'un policier ou d'un gendarme en intervention, lorsque celle-ci a pour but de porter "atteinte à son intégrité physique ou psychique".

Selon beaucoup de représentants de journalistes ou de défenseurs des libertés, cet article entraverait lourdement la liberté de la presse.

Pour la majorité, il s'agit de "protéger ceux qui nous protègent", les forces de l'ordre, confrontées à une montée de la défiance voire de la violence. Dès hier, le Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations Unies a adressé une lettre de sept pages à Emmanuel Macron, évoquant une proposition de loi qui pourrait, si elle était appliquée, "entraîner des atteintes importantes aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales ". Le député LR Eric Ciotti a accusé le chef LFI d'alimenter la "haine des nervis d'extrême gauche" et a salué mollement un texte qui contient des "mesures positives". "Cette proposition de loi est inutile et dangereuse" et "l'article 24 remet en cause le droit d'informer et d'être informé", a abondé Hakima Bounemoura, de la CFDT journalistes.

Le député LREM Saïd Ahamada a annoncé son intention de voter contre cet article qui jette "un doute illégitime sur toutes les interventions policières".

Face à cette pluie de critiques, le gouvernement tente de jouer l'apaisement. Parmi eux, on notait la présence de militants de la Ligue des droits de l'homme, de la France insoumise, d'EELV, du PCOF de Libertat et des Gilets jaunes. "Ni la liberté de la presse, ni le droit à l'information, ni le fait de pouvoir filmer à n'importe quel moment les forces de sécurité intérieure en intervention ne sont remis en question", a promis l'ex-ministre de l'Intérieur. "Demain on ne pourra plus faire de directs, alors que l'image est là pour établir la vérité", a dénoncé Emmanuel Poupard, du Syndicat national des journalistes (SNJ).

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