" "Victoire surprise du protégé d'Erdogan face au " président " sortant — Chypre-Nord

25 Octobre, 2020, 02:06 | Auteur: Lynn Cook
  • Élection à Chypre-Nord : le dirigeant sortant favori face au candidat d'Ankara

Bien que les alliés de l'OTAN accusent Ankara d'attiser les conflits en Libye et au Nagorny Karabakh, de provoquer des tensions avec la Grèce et Chypre en Méditerranée orientale, l'administration du président Donald Trump a cherché à éviter la rupture avec la Turquie.

L'élection s'est déroulée dans un contexte de vives tensions autour de l'exploitation d'hydrocarbures en Méditerranée orientale entre Ankara et Athènes, principale alliée de la République de Chypre -membre de l'Union européenne (UE) depuis 2004- qui exerce son autorité sur les deux tiers sud de l'île.

Après avoir voté, M. Akinci a dit espérer que les Chypriotes-turcs se souviendront de cette élection "comme d'une célébration de la volonté du peuple" tandis que son rival a souligné l'importance d'entretenir de bonnes relations avec la Turquie.

"Le ministère américain de la Défense condamne dans les termes les plus forts le test effectué le 16 octobre par la Turquie du système de défense aérienne S-400, un test confirmé aujourd'hui par le président Erdogan", a fait savoir le 23 octobre 2020 Jonathan Hoffman, un porte-parole du Pentagone.

Social-démocrate de 72 ans, M. Akinci défend la réunification de Chypre sous la forme d'un Etat fédéral et n'a jamais caché son intention de desserrer les liens avec Ankara. M. Tatar, nationaliste de 60 ans, défend lui une solution à deux États.

"Les Chypriotes turcs ne sont pas heureux d'être considérés comme dépendants d'un autre", estime Umut Bozkurt, politologue à l'Université de la Méditerranée orientale. Vantant la situation géographique "stratégique " de l'île, ce cardiologue de 76 ans explique que Chypre pourrait s'en sortir seule grâce aux hydrocarbures, qui attirent tant de pays "autour des Chypriotes turcs et des Chypriotes grecs ".

Le régime d'Erdogan n'a pas ménagé sa peine pour obtenir ce résultat inespéré: c'est depuis Ankara, aux côtés du premier ministre turc, qu'Ersin Tatar a, ces dernières semaines, multiplié les promesses aux électeurs: réouverture partielle d'une station balnéaire occupée par l'armée turque, construction d'un aqueduc sous-marin reliant le nord de l'île à la Turquie, inauguration d'un hôpital d'une centaine de lits financé par Ankara, etc. "Nous défendrons conjointement les droits et les intérêts légitimes de Chypre du Nord en Méditerranée orientale", a tweeté le Le chancelier turc Mevlüt Cavusoglu.

Mais afficher une ligne indépendante d'Ankara est difficile tant la RTCN est sous emprise économique turque depuis sa création en 1983.

La participation s'est élevée à 67,29 %, soit trois points de plus qu'en 2015, malgré la pandémie de nouveau coronavirus.

Pour les Chypriotes grecs, cette victoire, au nord, d'un homme lige d'Erdogan, opposé à toute solution à la crise ouverte depuis l'intervention militaire qui a débouché sur l'occupation par la Turquie depuis 1974, et partisan d'un État turc sur l'île de Chypre, n'augure rien de bon.

Des Chypriotes-grecs s'étaient rassemblés samedi près de la zone tampon pour réclamer le retour des territoires du nord, affirmant que Chypre était "grecque".

La question de la réunification divise également au sein des familles chypriotes turques.

"Des difficultés l'attendent à ce sujet s'il est élu", anticipe Mme Bozkurt. "Ankara semble désormais préférer une ligne dure qui exclut une fédération".

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