Hong Kong : Arrestation de Jimmy Lai, figure de la contestation contre Pékin

10 Août, 2020, 21:36 | Auteur: Lynn Cook
  • Le patron de presse hongkongais Jimmy Lai arrive devant un tribunal pour des faits relatifs aux protestations de 2019 à Hong Kong le 18 mai 2020

Longtemps référence en Asie et sanctuaire de libertés dans une Chine muselée par le Parti communiste chinois, la région administrative spéciale semble avoir définitivement perdu son immunité en la matière.

Un responsable de la police a déclaré sous le couvert de l'anonymat que M. Lai avait été arrêté pour collusion avec des forces étrangères, un des nouvelles infractions réprimées par la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin, et pour fraude.

Après l'arrestation de plusieurs militants pro-démocratie et un report des élections législatives prévues jusqu'alors en septembre - officiellement pour cause de coronavirus -, c'est au tour de la presse d'être touchée par la reprise en main de Pékin sur Hong-Kong.

Parmi elles figurent également deux des fils de M. Lai, et Wilson Li, qui déclare être un vidéaste freelance travaillant pour la chaîne de télévision britannique ITV News.

Des journalistes d'Apple Daily ont diffusé en direct sur Facebook les images de cette perquisition: le rédacteur en chef du quotidien Law Wai-kwong y apparaît en train de demander leur mandat aux policiers.

Jimmy Lai, 72 ans, est le propriétaire de deux publications ouvertement prodémocratie et critiques envers Pékin, le quotidien Apple Daily et Next Magazine. Quelques heures plus tard, Jimmy Lai a été conduit au siège de son groupe Next Media à Lohas Park (est du territoire) où un impressionnant raid a visé toute la matinée les locaux d'Apple Daily. Les policiers ont ordonné aux journalistes de se lever et de s'aligner pour des vérifications d'identité, alors que d'autres fouillaient la salle de rédaction devant Jimmy Lai amené sur les lieux.

Nombre de militants pro-démocratie dénoncent un texte liberticide qui vient en finir avec le principe "un pays, deux systèmes " qui avait présidé à la rétrocession en 1997".

M. Law a, de son côté, adressé une note à ses journalistes dans laquelle il leur demande de rester à leur poste pour permettre la sortie de la prochaine édition du journal.

Le Club des correspondants étrangers à Hong Kong a estimé que cette descente de police marquait "une nouvelle phase sombre".

Jimmy Lai est l'une des principales figures du mouvement pro-démocratie.

Considérée comme une réponse de Pékin aux mois de manifestations prodémocratie qui ont ébranlé l'ex-colonie britannique en 2019, la loi donne aux autorités de nouveaux pouvoirs pour réprimer quatre types de crimes contre la sécurité de l'État: la subversion, le séparatisme, le terrorisme et la collusion avec des forces extérieures.

Pour beaucoup de Hongkongais engagés dans la mouvance prodémocratie, Jimmy Lai est un héros, un patron de tabloïd qui a bâti sa fortune seul, et le seul patron de presse hongkongais qui tienne tête au pouvoir central chinois. Il avait également été accusé de collusion avec une puissance étrangère lors de sa rencontre avec le secrétaire d'Etat américain, Mike Pompeo, et le vice-président, Mike Pence.

"Je suis prêt à aller en prison", disait-il.

Il décrivait alors la nouvelle loi comme "le glas pour Hong Kong".

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