Alexandre Loukachenko réélu président avec 80,23% des voix — Biélorussie

10 Août, 2020, 12:53 | Auteur: Lynn Cook
  • Affiches électorales à Minsk le 8 août 2020

D'un côté, l'actuel président Alexandre Loukachenko, en poste depuis 1994 grâce à quatre réélections.

Jamais en un quart de siècle un scrutin en Biélorussie n'a été déclaré libre et équitable par des observateurs étrangers, et la commission électorale interdit à l'opposition de procéder à son propre décompte des voix.

Redoutant des interpellations, les membres de l'équipe de l'opposante Svetlana Tikhanovskaïa ont cherché à sécuriser l'accès à leur quartier général.

Elle a estimé dimanche soir que " la majorité " de ses concitoyens la soutenait, alors que le sondage officiel réalisé à la sortie des bureaux de vote lui accordait 6,8 % des voix, contre 79,7 % à Alexandre Loukachenko.

Avant l'émergence de M Tikhanovskaïa, les principaux rivaux de M. Loukachenko avaient été écartés: deux sont incarcérés, un troisième est en exil. Les trois autres candidats ont rassemblé chacun moins de 2 % des suffrages, selon cette source.

Svetlana Tikhanovskaïa a remplacé au pied levé en mai son mari Sergueï, blogueur en vue emprisonné alors qu'il faisait campagne.

Des rassemblements d'opposition, théâtres par endroit d'interventions policières musclées, ont aussi eu lieu, selon des médias locaux, dans des villes de province, dont Brest, Pinsk, Gomel et Grodno.

En cas de victoire, elle a promis de libérer "les prisonniers politiques", et d'organiser une réforme constitutionnelle puis de nouvelles élections.

Mais le pouvoir a redoublé d'efforts pour enrayer l'essor de Tikhanovskaïa. La cheffe de son QG de campagne, Maria Moroz, avait été arrêtée samedi comme neuf autres collaborateurs. Selon l'ONG bélarusse de défense des droits humains Viasna, plus de 200 personnes ont été arrêtées, dont 110 à Minsk. Cette enseignante d'anglais de formation, âgée de 37 ans, a dit tenir bon malgré la "peur", mais a dû quitter son appartement samedi pour des raisons de sécurité.

Dimanche, de longues queues d'électeurs inédites se sont formées devant les bureaux de vote.

Des milliers de personnes ont commencé à converger vers le carrefour où s'étaient données rendez-vous les partisans de l'opposition. Elle a réclamé une "élection honnête" après avoir voté.

Artiom, programmateur de 33 ans, affirme avoir constaté des fraudes: "Dans mon bureau de vote, il y a une participation de près de 100%".

"Je considère que nous avons déjà gagné car nous avons vaincu notre peur", a encore dit Mme Tikhanovskaïa, qui avait dénoncé ces derniers jours des "fraudes éhontées" orchestrées par le pouvoir. Le nombre d'observateurs indépendants a été réduit au minimum.

Le scrutin s'est déroulé dans une atmosphère tendue, avec contrôles de police et circulation limitée à Minsk, la capitale, tandis que des blindés, véhicules anti-émeute et canons à eau étaient déployés, selon des journalistes de l'AFP. De nombreux sites internet et réseaux sociaux étaient difficilement accessibles ou coupés. Après avoir voté, le président bélarusse a signifié qu'il "n'autoriserait pas de perte de contrôle" ni de "chaos" dans le pays, alors que des appels à manifester se multipliaient en ligne. Les autorités ont mis en garde contre toute mobilisation dans les rues.

Se présentant en garant de la stabilité mais qualifié de dictateur par les puissances occidentales, Loukachenko a accusé ses opposants d'être de mèche avec des soutiens étrangers pour déstabiliser le pays.

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