L'étude sur la chloroquine publiée dans "The Lancet" inquiète des scientifiques — Coronavirus

30 Mai, 2020, 15:40 | Auteur: Lynn Cook
  • Le professeur Didier Raoult est infectiologue et professeur de microbiologie français défend ardemment l'utilité de l'hydroxychloroquine

Que se passe-t-il avec l'étude du Lancet ? Menée par le Dr Mandeep Mehra et ses collègues sur les données d'environ 96 000 patients hospitalisés entre décembre et avril dans 671 hôpitaux, elle a conclu que le traitement à l'hydroxychloroquine ne semble pas être bénéfique aux malades du Covid-19 hospitalisés et pourrait même être néfaste.

Ces données de l'étude émanent de Surgisphere, qui se présente comme une société d'analyse de données de santé basée aux Etats-Unis. "Cet examen a soulevé à la fois des inquiétudes liées à la méthodologie et à l'intégrité des données", soulignent-ils, avant de faire une longue liste de points problématiques, du refus des auteurs de donner accès aux données à l'absence d'"examen éthique". "J'ai des doutes sérieux sur les bénéfices d'un traitement à la chloroquine/hydroxychloroquine contre le Covid-19 et j'ai hâte que cette histoire se termine, mais je crois que l'intégrité de la recherche ne peut pas être invoquée uniquement quand un article ne va pas dans le sens de nos préconceptions", a ainsi commenté sur Twitter le Pr François Balloux, de l'University College de Londres. Plusieurs autres essais cliniques ont été suspendus dans la foulée, et la France a banni l'utilisation de l'hydroxychloroquine pour le traitement du Covid-19, au grand dam de ses promoteurs. Dans une lettre ouverte, des dizaines de scientifiques du monde entier demandent des éclaircissements aux auteurs et à la prestigieuse revue britannique.

Des incohérences dans lesquels se sont engouffrés les nombreux soutiens, très mobilisés sur internet, du professeur Raoult, qui défend l'usage de la chloroquine contre le Covid-19. Le fondateur de ladite société d'analyses de données de soin de santé de formation médicale a, pour se justifier, invoqué l'intrusion d'un hôpital asiatique dans la base de données australiennes. L'entreprise a défendu l'intégrité de ses données et affirmé qu'elles viennent d'hôpitaux qui collaborent avec elle. "Si l'article du Lancet est une fraude cela va briser la confiance dans les scientifiques de façon durable", a ainsi commenté vendredi le Pr Gilbert Deray, de la Pitié-Salpêtrière à Paris". Mais aujourd'hui, il fait partie de ceux qui s'interrogent.

D'après le Guardian, Sapan Desai a reconnu avoir par erreur classé 73 décès en "Australie" alors qu'ils auraient dû être comptés en "Asie". Le néphrologue tient à signaler qu'il n'a pas d'à priori concernant la chloroquine: "Je n'ai pas de camp moi, ne suis ni pour ni contre".

Mais quelques jours seulement après sa publication, l'étude est remise en cause.

L'un des auteurs a indiqué à l'AFP qu'ils maintenaient les résultats en dépit des erreurs qu'il y a eu: "Nous sommes fiers de contribuer aux travaux sur le Covid-19" en cette période d'"incertitude", a déclaré vendredi Sapan Desai. Une publication qui a été suivie par la suspension de l'OMS des essais sur l'hydroxychloroquine.

Plusieurs scientifiques et médecins ont fait part de leurs inquiétudes concernant la méthodologie adoptée dans une l'étude ayant mené à l'arrêt temporaire des essais cliniques sur l'hydroxychloroquine dans le traitement du coronavirus. Se basant sur leurs propres données de mortalité, ses responsables estiment qu'il n'existe "pas de raison convaincante de suspendre le recrutement pour des raisons de sécurité".

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