Israël : ouverture du procès de Benyamin Netanyahou

25 Mai, 2020, 05:19 | Auteur: Lynn Cook
  • Les juges chargés du procès de Netanyahou bénéficieront d'une sécurité renforcée

Pour Yuval Shany, professeur de droit à l'université hébraïque de Jérusalem, Benjamin Netanyahu se retrouvera en "conflit d'intérêt" car il est à la fois "chef du gouvernement et donc responsable d'un nombre important de décisions" et "accusé en lutte contre les institutions gouvernementales qui le poursuivent". C'est un procès sans image qui s'ouvre dimanche 24 mai à Jérusalem et une première dans l'histoire d'Israël.

Avant Benjamin Netanyahou, Ehud Olmert, ancienne étoile de son parti de droite Likoud et ancien Premier ministre, avait déjà été inculpé de corruption en 2015, alors qu'il n'exerçait plus ses fonctions de chef de gouvernement.

Un scénario que cherche à éviter Benjamin Netanyahu, 70 ans, accusé d'avoir reçu pour 700.000 shekels (180.000 euros) de cigares, champagne et bijoux de la part de personnalités richissimes en échange de faveurs financières ou personnelles.

Alors qu'un projet de gouvernement avec son rival politique Benny Gantz, dans lequel il occuperait le poste de Premier ministre pour 18 mois, a été validé début mai par le Parlement israélien, ce procès est un moment capital pour Benjamin Netanyahou, qui risque la prison, mais peut aussi blanchir sa réputation et se débarrasser de ces affaires embarrassantes qui empoisonnent son parcours politique récent.

Dans une autre affaire, Benjamin Netanyahou aurait aussi tenté de s'assurer une couverture favorable de la part du plus grand quotidien payant d'Israël, le Yediot Aharonot.

Netanyahu, qui nie les charges retenues à son encontre, est accusé de fraude, d'abus de confiance et de corruption.

Il serait donc dans la position de diriger un gouvernement mais aussi de l'affaiblir, d'où la question pour la population de savoir si ses décisions seront prises dans l'intérêt du pays ou dans le sien, relève M. Shany.

L'une de ces affaires est appelée "4.000" ou encore "Bezeq", du nom d'un groupe israélien de télécoms.

Dans le cas de corruption, Netanyahu est accusé d'avoir modifié la réglementation israélienne pour favoriser Elovitch en échange d'une couverture médiatique positive.

"Ce n'est pas simplement offrir une couverture favorable (.), mais lui accorder un contrôle éditorial total sur les textes et les photos spécifiques", ajoute-t-il. Après des mois de suspense, le procureur général Avichaï Mandelblit a inculpé Benjamin Netanyahu en novembre 2019, ce qui avait été considéré alors comme un "arrêt de mort politique" par ses détracteurs. Il clame son innocence et dénonce un complot.

Son procès devait s'ouvrir mi-mars, mais la pandémie de Covid-19 a repoussé l'échéance. Ensuite, les trois juges du tribunal pourront demander au Premier ministre d'assister à différentes audiences, mais il ne sera pas présent en permanence pour ce procès qui peut durer entre un et trois ans, avec les rappels.

En tant que Premier ministre, il n'est pas tenu légalement de démissionner et a prévenu que la bataille judiciaire qui commence n'affectera pas sa capacité à faire son travail.

"En 244 ans de démocratie (depuis la révolution américaine, NDLR) il n'y a jamais eu personne inculpée pour avoir reçu une couverture favorable d'un média. Et dans mon cas, la couverture n'était même pas favorable", a ajouté M. Netanyahu qui a dit avoir demandé à ce que les audiences soient diffusées en direct à la télévision.

Il s'agit de la première fois de l'histoire d'Israël qu'un chef de gouvernement fait face à des accusations criminelles au cours de sa mandature.

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