Sanction inédite en Chine contre un média étranger

20 Février, 2020, 02:08 | Auteur: Lynn Cook
  • Wall Street Journal

Le gouvernement a accusé des journalistes du Wall Street Journal d'avoir publié un article "raciste" en pleine épidémie du nouveau coronavirus, Covid-19.

La Chine a révoqué les pouvoirs de presse de trois journalistes du Wall Street Journal après que le journal a refusé de s'excuser pour une chronique avec un titre qualifiant la Chine de "vrai malade d'Asie", a déclaré mercredi le ministère des Affaires étrangères. "Mais ils s'ingèrent dans le bon fonctionnement des médias chinois aux États-Unis et entravent leur travail", a dénoncé Geng Shuang, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

L'éditorial, non pas rédigé par les trois journalistes expulsés mais par Walter Russell Mead, un professeur du Bard College, une prestigieuse université américaine, s'alarmait des risques que l'épidémie de coronavirus fait peser sur l'économie chinoise et, partant, mondiale. Cette expression fait référence à l'époque de la guerre de l'Opium au 19ème siècle qui avait ouvert au pillage de la Chine impériale par les puissances coloniales occidentales.

Il critiquait aussi la lenteur supposée de la réaction initiale des autorités chinoises après l'apparition, en décembre, du virus à Wuhan, dans le centre de la Chine. Pékin exige que le Wall Street Journal reconnaisse "la gravité de son erreur" en présentant des "excuses". Il est généralement considéré comme très offensant dans ce pays.

Ce texte " a diffamé les efforts du gouvernement et du peuple chinois dans leur lutte contre l'épidémie ", a condamné le porte-parole de la diplomatie chinoise.

"Les rédacteurs en chef du Wall Street Journal se sont eux-mêmes cloués au pilori de la honte", tonnait dès mardi le quotidien nationaliste chinois Global Times. A en croire les précisions du journal, il s'agit de Josh Chin directeur adjoint du bureau de Pékin, de la journaliste Chao Deng et du reporter Philip Wen.

Dans un communiqué, le Club des correspondants étrangers de Chine a exprimé sa "profonde inquiétude et sa condamnation ferme" face à cette décision.

"Retirer simultanément les accréditations de trois correspondants est une forme de représailles sans précédent à l'encontre de journalistes étrangers en Chine", a relevé le club.

Pas moins de neuf reporters ont dû ainsi quitter la Chine depuis 2013, parmi lesquels la correspondante de L'Obs (France), Ursula Gauthier, en 2015.

Le WSJ avait lui-même eu maille à partir avec le régime communiste en août dernier lorsqu'un de ses reporters, Chun Han Wong, n'avait pu faire renouveler sa carte de presse à la suite d'un article cosigné avec Philip Wen à propos d'un cousin du président Xi Jinping. Cette mesure drastique sonne comme des représailles, quelques heures après l'annonce par Washington de nouvelles règles encadrant les médias chinois opérant sur le territoire américain, qui seront désormais traités comme des entités diplomatiques.

Cinq médias, dont l'agence de presse Chine nouvelle et la télévision publique anglophone CGTN, devront maintenant obtenir l'approbation du département d'État américain pour acheter des propriétés aux États-Unis.

Ils devront aussi fournir la liste de tous leurs employés. "Nous nous réservons le droit de répliquer (aux Etats-Unis) dans le cadre cette affaire".

Recommande: