Le Premier ministre donne 3 jours au gouvernement pour soutenir ses — Liban

20 Octobre, 2019, 16:25 | Auteur: Lynn Cook
  • Des pneus brûlent lors de manifestations contre le pouvoir à Beyrouth le 18 octobre 2019

Les manifestations se sont poursuivies hier au Liban, pour le deuxième jour consécutif, malgré le recul du gouvernement qui a annulé les taxes annoncées jeudi concernant l'utilisation des messageries sur internet (Facebook Messenger, WhatsApp, Viber, Skype, etc.).

Celles-ci ont tiré des gaz lacrymogènes contre les manifestants qui leur lançaient des bouteilles d'eau ou tentaient de briser leur cordon de sécurité devant les institutions d'Etat dont le siège du gouvernement.

Plusieurs axes routiers ont été bloqués par des barricades dressées par des manifestants ou des pneus et des bennes à ordure incendiés. Le Premier ministre libanais a également lancé un ultimatum de "72 heures" aux membres de sa coalition gouvernementale pour soutenir ses réformes économiques.

Cette mobilisation de la rue est la plus importante depuis les manifestations contre le pouvoir en 2015, durant une crise de gestion des déchets, qui perdure encore.

Sous le feu des critiques, le Premier ministre Saad Hariri s'est s'exprimé dans la journée, alors que les manifestations prenaient de l'ampleur dans un contexte de grave crise économique persistante.

Après son discours, des heurts ont éclaté dans le centre de la capitale. Pour la seconde journée consécutive, la circulation était perturbée sur la route principale menant à l'aéroport international.

De son côté, le ministère de l'Éducation a annoncé, jeudi soir, la fermeture des écoles publiques et privées ainsi que des universités vendredi, "en raison de la situation actuelle du pays", alors que des appels à la grève générale ont été lancés par les principaux syndicats.

Les manifestants se sont rassemblés devant le siège du gouvernement dans le centre-ville de Beyrouth, paralysé par le mouvement de protestation en abordant les des drapeaux libanais et en criant "Dehors, Dehors Hariri", ou "Le peuple veut la chute du régime".

Yara, une jeune diplômée de 23 ans, a rejoint ce mouvement non partisan, dans un pays habitué aux rassemblements à caractère politique et confessionnel, et où la société est très polarisée politiquement. "Aujourd'hui ce qui est important c'est que tous les Libanais protestent ensemble", déclare-t-elle à l'AFP.

Cette mesure a été aussitôt annulée sous la pression de la rue, mais les Libanais ont poursuivi leur mouvement pour exprimer leur ras-le-bol d'une classe politique accusée d'affairisme dans un pays aux infrastructures en déliquescence et où la vie est chère.

A la corruption endémique et aux infrastructures en déliquescence, viennent s'ajouter les répercussions économiques de la guerre en Syrie voisine depuis 2011.

"Cela fait des mois que nous attendons que nos partenaires au gouvernement avancent dans le sens de la solution sur laquelle nous nous sommes tous mis d'accord [.] mais ils ont tout fait pour tergiverser", a-t-il encore tancé, alors que ces manifestations ont laissé apparaître des dissensions au sein de la coalition composée d'une part de l'alliance entre le président de la République Michel Aoun (maronite) et du président de la Chambre des députés Nabih Berri (chiite), et d'autre part du camp politique dirigé par le Premier ministre (sunnite).

"Je veux de l'électricité, je veux que les rues soient éclairées".

A Tripoli, des enseignants et étudiants ont rallié les manifestants.

Le discours de M. Nasrallah a d'ailleurs suscité l'ire de certains manifestants. Il a parlé d'un mouvement "spontané".

Le Liban s'est engagé en avril 2018 à se réformer en contrepartie de promesses de prêts et de dons d'un montant total de 11,6 milliards de dollars. La dette du pays culmine désormais à plus de 86 milliards de dollars, soit plus de 150% du PIB, troisième taux le plus élevé au monde.

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