Le mouvement indigène rejette l'offre de dialogue du président Moreno — Equateur

15 Octobre, 2019, 09:25 | Auteur: Lynn Cook
  • Des soldats en patrouille dans les environs de Quito lors de manifestations contre la hausse dex prix des carburants le 5 octobre 2019 en Equateur

Ces occupations d'installations pétrolières sont un moyen de protester contre une hausse massive des prix du carburant décidée par le gouvernement du président Lenin Moreno.

Peu après l'annonce d'un accord entre l'exécutif et le mouvement indigène, fer de lance de la contestation, une foule enthousiaste a envahi les rues de la capitale, agitant le drapeau jaune, bleu et rouge de l'Equateur tandis que retentissaient des klaxons en signe de joie.

Lenin Moreno a accusé son prédécesseur Rafael Correa (2007-2017), ex-allié devenu son adversaire politique, d'avoir " activé " un " plan de déstabilisation " avec l'aide du président vénézuélien Nicolas Maduro.

Cette réunion de dialogue, sous l'égide de l'ONU et de l'Eglise catholique, survient alors que le pays andin est secoué par une vague de manifestations avec, depuis le 3 octobre, sept morts, 1.340 blessés et 1.152 arrestations, selon le bureau du Défenseur du peuple, organisme public de défense des droits.

La crise a été déclenchée par l'annonce, début octobre, d'une série de réformes économiques négociées avec le Fonds monétaire international (FMI) en échange d'un prêt de 4,2 milliards de dollars. Lenin Moreno a par ailleurs reçu vendredi le soutien du gouvernement américain, dont le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, a souligné les "efforts" du gouvernement équatorien "pour institutionnaliser les pratiques démocratiques et appliquer les réformes économiques nécessaires".

Mesure la plus controversée: le décret 883, dont l'effet était de multiplier par deux les prix à la pompe.

Mais au même moment, de violents affrontements se poursuivaient dans la capitale, entre manifestants jetant des pierres et tirant des fusées artisanales et forces de l'ordre répliquant avec des grenades lacrymogènes et des balles en caoutchouc.

La Confédération des nationalités indigènes de l'Equateur (Conaie) annonce, à son tour, un état d'urgence dans les territoires indigènes, menaçant de faire arrêter les militaires et policiers qui s'en approcheraient. A la fumée des gaz se mêlait celle des barricades incendiées, faites de pneus et de branchages.

Puissante et organisée, elle a fait venir ces derniers des milliers de ses membres des Andes et d'Amazonie pour camper à Quito.

"Il y a eu une convulsion sociale et un non-respect des droits humains, une violence démesurée contre le peuple et un terrorisme d'Etat", a dénoncé Jaime Vargas à propos de la répression des forces de l'ordre. Il avait alors réclamé le départ des ministres de l'Intérieur et de la Défense "comme geste de paix sociale".

"Le prix de l'essence n'a pas augmenté et nous avons besoin que l'économie du pays aille de l'avant", a estimé Patricia Castillo, une commerçante de 60 ans.

"Cela fait 12 jours que le pays est paralysé", a lancé à la table de dialogue, Eustaquio Toala, président de la Feine, organisation d'indigènes évangéliques, promettant au président Moreno que le retour à la normale pourrait avoir lieu "dès ce soir" si le décret est abrogé.

Les indigènes - qui représentent 25% des 17,3 millions d'habitants - rejettent la suppression des subventions au carburant, qui les affecte de plein fouet: représentant 68% des pauvres dans le pays, ils travaillent principalement dans l'agriculture et voient s'envoler les coûts de transport pour l'écoulement de leurs produits. Et par le passé, elle a déjà renversé trois présidents.

L'objectif d'un État plurinational n'a pas été rempli, a souligné dimanche Jaime Vargas, reflétant une rancœur plus large de cette communauté, notamment envers les classes aisées et les médias, dont elle se dit absente.

"Si nous n'étions pas là, ceux de la campagne, les gens de la ville, les riches, ne pourraient pas vivre", clamait jeudi, furieuse, une manifestante indigène, Maria Escobar, 52 ans.