Les rues d’Alger à nouveau noires de monde contre le pouvoir — Algérie

05 Juillet, 2019, 23:39 | Auteur: Sue Barrett
  • Des manifestants dans les rues d'Alger le 14 juin 2019

L'armée est encore bien présente dans les hautes sphères du pouvoir algérien.

Criant "Partez, libérez l'Algérie", les manifestants à Alger ont forcé un cordon de policiers, qui étaient munis de casques et de boucliers, sur l'esplanade de la Grande poste, bâtiment emblématique des rassemblements, a rapporté un journaliste de l'AFP.

Environ deux mille personnes ont commencé à manifester vendredi contre le pouvoir dans le centre d'Alger malgré un important dispositif policier et une dizaine ont été arrêtées, selon des témoins.

Le discours est survenu le jour même où des personnalités algériennes ont appelé leurs compatriotes à participer massivement vendredi à la 20e manifestation hebdomadaire contre le régime, qui coïncidera avec le 57e anniversaire de l'indépendance de l'Algérie.

Après la démission, le 2 avril, du président Abdelaziz Bouteflika sous la pression de la rue et de l'armée, le mouvement de contestation refuse que le "système" en place organise la présidentielle, et réclame au préalable le départ de tous les anciens soutiens d'Abdelaziz Bouteflika, resté près de 20 ans au pouvoir.

Un premier appel au dialogue, lancé début juin par M. Bensalah et limité à la classe politique, avait aussi reçu une fin de non-recevoir de la contestation.

L'impossibilité d'organiser le scrutin à la date du 4 juillet, faute de candidats, la présidentielle ne permet pas à M. Bensalah, qui assure l'intérim depuis le 9 avril, de rendre le pouvoir avant l'issue de la période de 90 jours prévue par la Constitution.

Partis d'opposition, société civile et observateurs attendent de voir comment cette proposition sera concrétisée car aucun nom n'a été avancé pour le dialogue.

Selon le site indépendant TSA (Tout sur l'Algérie), le nouvel appel risque aussi d'être rejeté "si les autorités ne s'empressent pas d'annoncer des mesures concrètes d'apaisement".

Une " conférence nationale du dialogue " est prévue pour samedi 6 juillet. En effet, l'ancien diplomate et ancien ministre e la Culture et de la Communication, Abdelaziz Rahabi, a été chargé de coordonner cette initiative politique inclusive afin de dégager une conception et des mécanismes pour sortir de la crise et aller dans des délais raisonnables vers les premières élections présidentielles démocratiques dans l'histoire du pays.

Une autre revendication de la contestation est l'arrêt des interpellations de manifestants, selon le sociologue Nacer Djabi, qui a signé l'appel à manifester.

Les slogans hostiles à Gaïd Salah sont légion et réclament son départ du commandement de l'armée.

Pour la contestation et de nombreux observateurs, le président par intérim n'est pas le détenteur du pouvoir réel, assumé par le général Gaïd Salah, qui avait refusé les revendications des manifestants. "Que reste-t-il à l'octogénaire Gaïd-Salah à part démissionner et laisser sa place à un officier jeune qui éloignera notre glorieuse armée définitivement de la politique et la concentrera sur sa mission constitutionnelle de défense nationale et sa professionnalisation?", fait observer un citoyen qui appelle de ses vœux l'avènement d'une deuxième République "expurgée des reliquats et des tares de l'ère Bouteflika".

Amnesty International a appelé les autorités à libérer "immédiatement et sans condition" les manifestants détenus et à "respecter les droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique pendant les rassemblements".

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