Canada: La Saoudienne raconte son passé "d'esclave" - Monde

15 Janvier, 2019, 22:40 | Auteur: Lynn Cook
  • Rahaf Mohammed al-Qunun à son arrivée au Canada

L'arrivée, samedi, à l'aéroport de Toronto de Rahaf Mohammed Al Qunun, accueillie par la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland en personne, a fait l'objet d'une mise en scène soignée devant les caméras du monde entier.

Rahaf Mohammad, qui souhaite supprimer son nom de famille al-Qunun parce qu'elle dit avoir été reniée par sa famille, s'est exprimée avec aisance et avec le sourire aux lèvres.

En accordant l'asile à une jeune Saoudienne fuyant sa famille, le gouvernement de Justin Trudeau a réussi un "coup" politique, à quelques mois des législatives au Canada, estiment plusieurs experts, toutefois partagés sur ses conséquences diplomatiques en pleine crise avec Riyad. "Nous, les femmes saoudiennes, nous sommes traitées comme des esclaves ", a-t-elle résumé.

"A un moment où l'image de l'Arabie Saoudite à l'étranger est ternie par l'assassinat des critiques du régime, je ne peux imaginer qu'il n'y ait pas eu joie intense au sein du gouvernement, mêlée au sentiment sincère de vouloir protéger une réfugiée", déclare Amir Attaran, professeur à l'université d'Ottawa. Le Canada lui avait finalement accordé l'asile et depuis samedi, la jeune fille a débuté une nouvelle vie à Toronto. "Elles ne sont pas indépendantes et elles ont besoin pour tout de l'approbation de leur gardien" (père, mari ou autre, Ndlr). "Beaucoup de gens me détestent, qu'ils soient de ma famille ou d'Arabie saoudite en général", a ajouté la jeune femme, la voix coupée par l'émotion.

"Nous allons faire en sorte que cela se produise", a déclaré pour sa part à la presse Mario Calla, président de l'ONG Costi, en précisant que des gardiens de sécurité avaient été embauchés pour veiller en tout temps sur Rahaf Mohammad, en raison de menaces qu'elle dit avoir reçues sur les réseaux sociaux. "Cela l'effraie. Elle vit toutes sortes d'émotions", a-t-il ajouté en décrivant la jeune femme comme "pugnace". "Mais nous pensons maintenant qu'il est dans le meilleur de ses intérêts qu'elle puisse vivre dans une famille où elle pourra compter sur un soutien au quotidien et sur des gens pour veiller sur elle".

"J'ai eu l'impression de renaître, notamment quand j'ai ressenti tout cet amour et cet accueil", avait commenté la jeune femme dans sa première interview lundi soir à la chaîne publique CBC.

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