L'Eglise orthodoxe russe rompt ses liens avec le patriarcat de Constantinople

17 Octobre, 2018, 00:42 | Auteur: Lynn Cook
  • Schisme: l’Eglise orthodoxe en pleine balkanisation

L'Église orthodoxe russe a annoncé lundi à Minsk rompre ses liens avec le Patriarcat de Constantinople après sa décision de reconnaître une Église orthodoxe indépendante en Ukraine.

Ces tensions étaient à attendre après la reconnaissance la semaine dernière par Constantinople d'une Eglise indépendante en Ukraine, une décision qui met fin à 332 années de tutelle religieuse russe dans le pays et qui a provoqué l'ire de Moscou.

L'Église orthodoxe russe a rompu la communion eucharistique avec le Patriarcat œcuménique de Constantinople, a déclaré le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou.

"En pratique, cette décision signifie que nous ne pourrons plus concélébrer avec le Patriarcat de Constantinople, nos prélats et nos prêtres ne pourront plus prendre part aux liturgies avec des prélats et des prêtres du Patriarcat de Constantinople, les laïcs ne pourront plus communier dans les églises du Patriarcat de Constantinople", a expliqué le métropolite Hilarion. "Nous ne pourrons garder le contact avec cette Église, qui est en situation de schisme", a-t-il ajouté. Si le patriarcat de Kiev compte le plus grand nombre de fidèles, le patriarcat de Moscou dispose du plus grand nombre de paroisses - plus de 12 000 - dans le pays.

Après l'indépendance de l'Ukraine en 1991 et la chute de l'URSS, Filaret, un ancien hiérarque du Patriarcat de Moscou, a créé une Eglise orthodoxe ukrainienne dont il s'est autoproclamé patriarche, ce qui lui a valu d'être excommunié.

Le Patriarcat de Moscou, qui a dénoncé un "schisme" et une "catastrophe" après la décision de Constantinople, a averti que des troubles pourraient se produire en Ukraine entre partisans des deux Eglises rivales.

L'une des questions les plus sensibles est de savoir à quelle Eglise seront rattachées les laures, ces grands monastères orthodoxes dont les plus symboliques sont la laure de Kievo-Petchersk dans la capitale et celle de Potchaïv (ouest), actuellement toutes les deux rattachées au patriarcat de Moscou. Il a en outre levé l'anathème prononcé contre les chefs de deux Églises non canoniques ukrainiennes, Philarète Denissenko, patriarche autoproclamé de Kiev anathématisé par l'Église orthodoxe russe en 1997, et Makari Maletitch, chef de l'"Église orthodoxe autocéphale ukrainienne".

Les autorités "assurent qu'il n'y aura pas de recours à la force, mais comment prévoient-elles alors de transférer nos églises et locaux à d'autres?", s'est inquiété auprès de l'AFP l'archevêque ukrainien Kliment Vetcheria, porte-parole de l'Eglise loyale à Moscou.

Entre appels à l'unité et premiers signes de discorde, de nombreuses craintes ont émergé mardi au sein du monde orthodoxe au lendemain de la rupture des relations entre le puissant Patriarcat de Moscou et l'historique Patriarcat de Constantinople.

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