Erdogan jure de braver les "menaces" américaines concernant le pasteur détenu

14 Août, 2018, 22:43 | Auteur: Aubrey Nash
  • La livre turque chute de 7% face au dollar sur fond de crise diplomatique entre la Turquie et les Etats Unis

Elle s'échangeait à 6,43 livres pour un dollar à la clôture de Wall Street, soit une baisse de 13,7% après avoir perdu jusqu'à 24% au cours de la journée. Mais son appel n'a eu que pour effet d'intensifier la chute de la livre.

Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi le doublement des taxes douanières sur l'acier et l'aluminium en provenance de Turquie.

La devise turque, qui a perdu près de la moitié de sa valeur face au billet vert depuis le début de l'année, a enregistré une baisse vertigineuse jusqu'à des plus bas historiques. "A moins que les Etats-Unis ne commencent à respecter la souveraineté de la Turquie et prouvent qu'ils comprennent les dangers auxquels notre nation est confrontée, notre partenariat pourrait être en danger", a soutenu samedi le président turc dans le New York Times.

La chute de la livre "montre que les investisseurs sont de plus en plus inquiets de l'imminence d'une crise monétaire totale", a souligné dans une note David Cheetham, analyste chez XTB.

La devise turque connaît une érosion inexorable depuis plusieurs années, mais l'hémorragie s'est aggravée ces derniers jours en raison de la grave crise diplomatique avec les Etats-Unis, liée à la détention en Turquie d'un pasteur américain accusé d'espionnage. Ces deux alliés au sein de l'Otan ont imposé la semaine dernière des sanctions réciproques contre des responsables gouvernementaux.

La livre turque a brutalement chuté ce 10 août, perdant plus de 7% de sa valeur face au dollar, sur fond de crise diplomatique entre la Turquie et les Etats-Unis et d'inquiétudes face à d'éventuelles répercussions sur des banques européennes. "C'est une lutte nationale", a lancé M. Erdogan lors d'un discours à Bayburt (nord-est) retransmis à la télévision.

La brusque dévaluation de la livre turque est "un complot contre la Turquie", et le pays cherchera de nouveaux partenaires et de nouveaux marchés si les Etats-Unis ne renoncent pas à leur politique hostile, a déclaré dimanche le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Face à cette situation, le président Erdogan a pointé vendredi un doigt accusateur en direction d'un mystérieux " lobby des taux d'intérêt " dont il n'a pas défini les contours.

Pendant que la livre turque s'effondrait vendredi, le gouvernement est resté droit dans ses bottes, multipliant les déclarations de défi qui n'ont pas rassuré les marchés. Mais le matin-même, avant l'annonce de ces sanctions spécifiques à la Turquie, la livre turque dévissait déjà.

Or, de nombreux économistes appellent de leurs voeux une hausse des taux d'intérêt de la Banque centrale afin d'enrayer l'inflation, un levier traditionnellement utilisé à travers le monde pour maîtriser la hausse des prix et soutenir la monnaie nationale.

Comme un symbole, la présidence turque a annoncé peu après l'annonce de Donald Trump que M. Erdogan avait eu un entretien téléphonique avec son homologue russe Vladimir Poutine, ajoutant que les deux dirigeants avaient notamment parlé Syrie et échanges commerciaux.

Visiblement soucieux d'envoyer des signaux positifs aux marchés, le nouveau ministre des Finances Berat Albayrak, qui est également le gendre du chef de l'Etat turc, a insisté sur l'"importance" selon lui de l'"indépendance de la banque centrale" turque.

Autant de paramètres qui n'auraient rien de si inquiétant dans le contexte d'une économie émergente comme celle de la Turquie, poursuit le quotidien britannique, "mais le président Erdogan a une telle tendance à l'autoritarisme capricieux que les investisseurs doutent de sa capacité à gérer la crise de façon rationnelle." .

Recommande: