LafargeHolcim dit que son usine a financé des groupes armés en Syrie

03 Mars, 2017, 01:09 | Auteur: Aubrey Nash

Une enquête lancée pour répondre aux accusations de financement de l'organisation État islamique, révélées par Le Monde en juin dernier.

Aussi, entre les "menaces pour la sécurité des collaborateurs" et les "perturbations dans les approvisionnements nécessaires pour faire fonctionner l'usine et distribuer ses produits", la filiale locale de Lafarge a tenté d'amadouer les diverses "factions armées" qui contrôlaient ou tentaient de contrôler les zones autour de la cimenterie. Ce jeudi 2 mars, LafargeHolcim a reconnu que la filiale locale "a remis des fonds à des tierces parties afin de trouver des arrangements avec un certain nombre de ces groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions". D'après une enquête intérieure, " les conditions exigées pour assurer la continuation du fonctionnement de l'usine étaient inacceptables ".

"L'enquête ne permet pas d'établir avec certitude les destinataires finaux de ces fonds au-delà de ces tierces parties engagées".

Or, selon des e-mails consultés par le Monde, à partir du printemps 2013, des arrangements ont été conclus entre Lafarge et l'État islamique, qui contrôlait les villes et routes aux alentours de l'usine, pour poursuivre la production.

Le site industriel est rachetée en 2007 par le Français Lafarge, qui a, depuis, fusionné avec le Suisse Holcim. Dans le même temps, le groupe précisait avoir toujours donné la priorité à "la sécurité et la sûreté de son personnel, tandis que la fermeture de l'usine était étudiée", au moment où le conflit se rapprochait du site.

La cimenterie LafargeHolcim est dans le collimateur de plusieurs ONG.

Ces activités représentaient moins de 1% du chiffre d'affaires du groupe à cette époque. "Néanmoins, l'enquête révèle des erreurs de jugement significatives en contradiction avec le code de conduite alors en vigueur", poursuit le groupe. Bien qu'un rapport parlementaire ait expliqué, en juillet 2016, que le groupe n'avait pas participé, "directement ou indirectement, ni même de façon passive, au financement de Daesh", une enquête préliminaire avait été ouverte à la demande du ministère de l'Economie. Alors que la guerre civile prenait de l'ampleur, plutôt que de quitter le pays, la cimenterie aurait négocié des droits de passage aux check-points tenus par les jihadistes pour que ses camions puissent passer et s'est approvisionnée auprès de négociants en pétrole dont les champs étaient tenus par l'EI, finançant ainsi indirectement l'organisation terroriste.

Les aveux de LafargeHolcim "légitiment et renforcent encore plus fort notre plainte". Le conseil d'administration a par conséquent décidé de créer un nouveau Comité "éthique, intégrité et risques", supervisé par un membre du comité exécutif.

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