Maroc: 11 personnes présentées au juge après la mort tragique d'un poissonnier

02 Novembre, 2016, 02:06 | Auteur: Lynn Cook

Onze personnes soupçonnées notamment d'"homicide involontaire" ont été présentées mardi à un juge d'instruction au Maroc dans le cadre de l'enquête sur la mort de Mouhcine Fikri. Lundi, plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés pour la quatrième journée consécutive à Al-Hoceima.

Les circonstances de cette mort et les images diffusées sur les réseaux sociaux ont choqué la population qui est descendue spontanément dans les rues.

Des rassemblements de moindre ampleur ont eu lieu dans plusieurs autres villes du Rif, mais aussi à Marrakech et Rabat, où plus d'un millier de personnes, dont de nombreux militants de la cause berbère, ont défilé au cri de "Nous sommes tous Mouhcine!", a constaté l'AFP. "Qui a écrasé Mouhcine?", s'interrogeaient les journaux, avec en une le cliché de Mouhcine Fikri gisant inanimé, la tête congestionnée et un bras dépassant du mécanisme de compactage de la benne.

Menée par la police judiciaire, l'enquête a établi que le conducteur du camion dans la cabine avait "reçu un signal d'un ouvrier de la société (ndlr.de ramassage d'ordure) d'alimenter la benne-tasseuse en électricité", alors que le malheureux était monté à l'arrière de la benne avec plusieurs personnes "pour empêcher que les poissons n'y soient chargés".

Le marchand de poisson âgé d'une trentaine d'années est mort alors qu'il tentait de s'opposer à la saisie et à la destruction de sa marchandise.

Dans un communiqué publié dimanche, l'AMDH a "condamné" l'Etat marocain qui "foule au pied la dignité des citoyens depuis la répression féroce du mouvement du 20-Février et maintient la région (nord) dans un état de tension".

Cet appel vient suite à la mort d'un poissonnier Mohsen Fekri dans une benne à ordures. Dépêché dimanche à Al-Hoceima par le roi Mohammed VI pour tenter de désamorcer la crise, le ministre de l'Intérieur Mohammed Hassad a exprimé "la compassion du souverain à la famille du défunt". "Toutes les défaillances de la part de la police seront sévèrement sanctionnées par la justice", a quant à lui assuré Mohammed Hassad. Il aurait, ensuite, été intercepté avec une importante quantité d'espadon, une espèce de poisson interdite à la pêche. La procédure prévoit alors de détruire la marchandise illégale, et c'est en essayant de sauver ses produits que la victime a été happée par la machine. "Toutes les questions se posent après ça", a-t-il expliqué.

Et que cette ville côtière du Rif, Al-Hoceima, fut à l'origine d'une insurrection populaire en 1958 et l'un des principaux foyers de contestations lors de la version marocaine de ce "printemps arabe" en 2011.

"Nous nous inquiétons sur le fait que les autorités marocaines responsables de violations des droits humains continuent à ne pas être inquiétés, continuent dans l'impunité". (Dans une semaine s'ouvre à Marrakech la conférence internationale sur le climat, la COP22, dont Rabat souhaite en faire une vitrine internationale).

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