Washington et Bruxelles mettent en garde Ankara contre toute dérive antidémocratique

14 Août, 2016, 03:24 | Auteur: Sue Barrett
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"Nous appelons fermement le gouvernement de Turquie à maintenir le calme et la stabilité dans le pays" et de "respecter les institutions démocratiques de la nation et l'État de droit", a déclaré le secrétaire d'État américain John Kerry, à l'issue d'une réunion avec ses homologues de l'UE.

Le Premier ministre, Binali Yildirim, fait quant à lui état 7.543 interpellations, dont 6.038 dans les rangs de l'armée, depuis le début de la vaste entreprise de "nettoyage" voulue par le président Recep Tayyip Erdogan.

La communauté internationale observe avec inquiétude cette vague de répression.

Alliés historiques au sein de l'Otan et officiellement côte à côte dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak, les Etats-Unis et la Turquie subissent depuis des mois un sérieux coup de froid dans leur relation diplomatique. Samedi, Mme Merkel, cheville ouvrière de l'accord UE-Turquie sur les réfugiés, avait déjà appelé M. Erdogan à traiter les putschistes en respectant "l'Etat de droit".

Si l'activité semblait reprendre normalement dans les rues stambouliotes, quelque 1.800 membres des forces spéciales de la police y étaient déployés dans les points jugés sensibles, selon l'agence Anadolu.

Ont été également mis à pied 492 employés de la Direction des Affaires religieuses, la plus haute autorité musulmane du pays, ainsi que 257 fonctionnaires attachés aux services du Premier ministre et 100 responsables des services de renseignement.

Washington et Bruxelles mettent en garde Ankara contre toute dérive antidémocratique
Washington et Bruxelles mettent en garde Ankara contre toute dérive antidémocratique

Le président américain lui a par ailleurs promis que toute demande d'extradition de Fethullah Gülen serait étudiée à la lumière des traités bilatéraux.

Recep Tayyip Erdogan avait déclaré un peu plus tôt que le Conseil national de sécurité et le gouvernement se réuniraient mercredi pour prendre des décisions à même d'engager la Turquie sur une nouvelle voie. A Koweït, l'ambassadeur de Turquie, Salih Morad Tamer, cité par le quotidien koweïtien Al-Qabas, a indiqué qu'une implication de son attaché militaire dans le putsch raté était "une simple accusation".

"Ce coup d'Etat manqué, quels qu'en soient les auteurs ou les meneurs, renforce" le président et ses partisans, conclut-il.

Si Erdogan utilise ce putsch manqué "pour limiter les droits constitutionnels, alors les négociations d'adhésion (à l'UE) seront compliquées, voire impossibles", a prévenu dans le quotidien des affaires, Handelsblatt, Elmar Brok, président allemand de la commission des affaires étrangères au Parlement européen. Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie européenne, a fait comprendre que si la Turquie réintroduisait la peine capitale, comme elle l'a annoncé, Bruxelles fermerait le dossier de la candidature turque à l'UE.

Recep Erdogan a évoqué dimanche un possible rétablissement de la peine capitale en Turquie.

Le gouvernement américain a fait savoir lundi qu'il n'avait "pas encore" reçu la demande turque d'extradition de Fethullah Gülen, ce prédicateur qu'Ankara accuse d'être le cerveau de la tentative de coup d'Etat militaire de vendredi dernier.

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