Putsch déjoué, joie des partisans d'Erdogan à Istanbul — Turquie

17 Juillet, 2016, 06:24 | Auteur: Lynn Cook
  • Putsch déjoué, joie des partisans d'Erdogan à Istanbul — Turquie

Signe que la situation est loin d'être revenue à la normale samedi, le département d'Etat a déconseillé aux Américains de se rendre en Turquie. Les Français à Istanbul ont été appelés par leur consulat à "rester chez eux".

L'intéressé a, pour sa part, nié toute implication dans la tentative de coup d'Etat et l'a condamné " dans les termes les plus forts ".

Gülen, 75 ans, vit en exil aux Etats-Unis depuis 1999, mais le président islamo-conservateur voit sa main derrière la brève tentative de coup d'Etat qui a fait au moins 265 morts.

Les allégations laissant entendre que les Etats-Unis portent une responsabilité dans la tentative de coup d'Etat en Turquie portent atteinte aux relations bilatérales, a déclaré samedi 16 juillet le secrétaire d'Etat John Kerry.

"Nous sommes parfaitement conscients que des questions vont se poser au sujet de M. Gülen et nous invitons évidemment le gouvernement turc (.) à nous présenter les éléments à même de justifier un examen, que les Etats-Unis étudieront et jugeront de manière appropriée", a promis John Kerry.

Un "grand ménage" qui pourrait se poursuivre dans les prochains jours, permettant au pouvoir turc de s'assurer des collaborateurs fidèles à tous les échelons et dans toutes les branches de l'administration du pays, tout en faisant planer sur toutes les formes d'opposition la menace d'accusation de sympathie à l'égard du mouvement putschiste - même si dans les faits, la tentative de coup d'Etat a été dénoncée de façon assez générale, y compris par les partis d'opposition à Recep Tayyip Erdogan.

Les combats, avions de chasse et chars à l'appui, ont donné lieu à des scènes de violence inédites à Ankara et Istanbul depuis des décennies.

Des dizaines de milliers de personnes ont bravé les rebelles, grimpant sur les chars déployés dans les rues ou se rendant à l'aéroport d'Istanbul pour accueillir M. Erdogan.

C'est peu avant minuit (21H00 GMT vendredi) qu'un communiqué des "forces armées turques" avait annoncé la proclamation de la loi martiale et un couvre-feu dans toute la Turquie.

L'armée turque a annoncé avoir pris le pouvoir vendredi soir afin de maintenir "l'ordre démocratique et des droits de l'homme ". De Marmaris (ouest du pays) où il était en vacances, Erdogan avait appelé la population à s'opposer au putsch, dans une intervention historique en direct à la télévision faite d'un téléphone portable. "Nous n'abandonnerons pas la Turquie aux traîtres", martèle-t-il. Des centaines de milliers défilaient depuis les premières heures de ce samedi et durant la soirée principalement dans les villes d'Istanbul et d'Ankara munis de drapeaux turcs et célébrant leur " liberté " retrouvée. De nombreux hauts responsables militaires se sont publiquement désolidarisés dans la nuit des putschistes. Et d'après le chef de l'armée, 104 insurgés ont été abattus.

Depuis l'arrivée au pouvoir de M. Erdogan, la hiérarchie militaire a été purgée à plusieurs reprises. L'armée de ce pays clé de l'OTAN a déjà mené trois coups d'Etat (1960, 1971, 1980) et forcé un gouvernement d'inspiration islamiste à quitter sans effusion de sang le pouvoir en 1997.

A la mi-journée, les tirs sporadiques avaient cessé à Istanbul et Ankara, où les membres du Parlement ont applaudi à l'ouverture d'une session extraordinaire. A Ankara, des soutiens du président Erdogan se sont retrouvés devant le Parlement, mais en nombre inférieur.

Les condamnations internationales se sont multipliées. Le président américain Barack Obama a appelé à soutenir le gouvernement turc "démocratiquement élu", tout comme l'Union européenne. Dans le même temps, le président américain, à l'instar de la chancelière allemande Angela Merkel, a demandé que "l'Etat de droit" soit respecté en Turquie. Une correspondance dans laquelle Benkirane félicite le président turc de la réussite de l'avortement du putsch.

Au plan militaire, les accès à la base d'Incirlik (sud) ont été fermés, ont annoncé les Etats-Unis, qui ont en conséquence suspendu leurs opérations aériennes contre le groupe jihadiste Etat islamique en Syrie.

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