Harcèlement au travail : bientôt un procès contre France Télécom ?

17 Juillet, 2016, 00:19 | Auteur: Sandy Vega
  • Didier Lombard lors d'une conférence de presse le 4 mai 2010 à Tunis

Le parquet de Paris a demandé le renvoi en justice de l'entreprise France Télécom, devenue Orange, suite à la vague de suicide au sein de la société en 2008 et 2009, dans un contexte de réorganisation du groupe. Il appartient au juge d'instruction de suivre ou non ces réquisitions, en ordonnant un procès ou en prononçant un non-lieu.

France Télécom a été la première entreprise du CAC 40 mise en examen pour harcèlement moral.

Un procès serait emblématique: "c'est la première fois qu'une entreprise de cette taille serait jugée pour harcèlement moral". Le procureur de la République de Paris demande le renvoi en correctionnel pour harcèlement moral de trois dirigeants du top management de l'opérateur à l'époque des faits: Didier Lombard (ex-P-DG), Pierre-Louis Wenès, (ex-numéro 2) et Olivier Barberot (ex-DRH). Engagé dans le délicat virage de la privatisation et des nouvelles technologies, le groupe voulait supprimer 22.000 postes entre 2006 et 2008 et procéder à 10.000 changements de métier.

Pour le syndicat CFE-CGC d'Orange (ex-France Télécom), les enquêteurs auraient pu trouver des chefs d'accusation supplémentaires.

Ces derniers pourraient donc comparaître pour "harcèlement moral". Il avait peur de ne pas y arriver (.) il ne dormait plus (.) c'est le travail qui l'a tué. Des tableaux "circulaient parmi les cadres": "on a fait tant de départs, il en reste tant à faire", avait résumé auprès de l'AFP Yves, 62 ans, ex-cadre informatique dans le nord de la France.

"La mise en place des plans NExT et Act a mis sous une pression sans précédent 120.000 personnes, qui s'est traduite par plusieurs dizaines de suicides, dont plusieurs sur le lieu de travail, et des milliers de collaborateurs atteints de troubles liés à la dépression ou à l'anxiété dont ils ne se remettront peut-être jamais", souligne la CFE-CGC, qui dénonce "la brutalité des méthodes employées, et la manière cynique dont elles ont été mises en place". "Nous aurions souhaité qu'ils le soient pour "homicides involontaires" et "mise en danger de la vie d'autrui" mais c'est déjà pas mal", commente encore Christian Pigeon. Face aux enquêteurs, France Télécom et certains cadres ont nié l'existence d'objectifs de réduction d'effectifs, évoquant de simples "indications", et présenté la restructuration comme une opération de sauvetage, sans lien avec la dégradation du climat social. Il avait aussi parlé d'une "mode du suicide" en 2009, avant de reconnaître une "énorme bourde".