Face à ses victimes, Bernard Preynat reconnaît (presque) tout

15 Janvier, 2020, 21:07 | Auteur: Lynn Cook
  • «Il me touchait comme un sauvage»: des victimes d'un ex-prêtre français témoignent

"Lui, c'était de la masturbation; il me touchait comme un sauvage", s'indigne à la barre une victime de l'ex-prêtre français Bernard Preynat, jugé à Lyon pour de multiples agressions sexuelles sur des enfants. Je savais que c'était des faits pas convenables mais je ne pensais pas aux conséquences. Puis il se lance, d'une voix faible, dans un récit au cœur duquel il aurait été lui-même la victime sexuelle d'un prêtre, puis d'un séminariste, au cours de son enfance. Le père Preynat se souvient également qu'il a révélé ces agressions à ses confesseurs successifs: "J'obtenais l'absolution, je prenais la résolution de ne plus recommencer, et je retombais". "Il me retournait pour se frotter contre moi", explique mercredi devant le tribunal correctionnel Stéphane Hoarau, 8 ans à l'époque des faits, ajoutant que ces abus s'étaient déroulés plusieurs fois dans la chambre de l'ancien homme d'Église.

Le père Preynat se justifie, combatif. Ma femme me caresse. En 1991, face à la colère des parents qui retirent leurs enfants du groupe scout, il avance prendre subitement conscience de la gravité de ses actes lors de son éviction de la paroisse Saint-Luc à Sainte-Foy-lès-Lyon. Pauline Paccard la reçoit à l'occasion du procès de Bernard Preynat, qui se tient à Lyon.

L'ex-curé, réduit à l'état laïc au terme de son procès canonique l'été dernier, encourt jusqu'à 10 ans d'emprisonnement.

"Il me baissait mon short, me touchait le sexe, me masturbait, m'obligeait à me masturber et m'a demandé parfois de le masturber. Ce mercredi, Bernard Preynat continue ses aveux glaçants".

" On m'a parlé plusieurs fois de maladie sans me donner de chemin pour en sortir", résume-t-il, tout en prenant soin de tempérer: " je n'accuse pas l'Église; je ne m'en sers pas comme excuse ".

Selon L'Obs, l'enquête a identifié 35 victimes et l'association La Parole Libérée a recueilli près de 80 témoignages, mais pour certains, les faits sont prescrits. Il affirme ne pas avoir imposé à ses victimes de bisous sur la bouche mais " seulement " sur les yeux ou les sourcils. Appelé par le prêtre sous le prétexte de l'aider à quelque chose (un mode opératoire fréquent chez lui), Stéphane Hoarau se rappelle avoir croisé en arrivant un petit garçon, regard fuyant, tête basse, qui sortait d'une pièce où se trouvait Preynat. C'est un langage malheureux mais qui en même temps met bien les choses en évidence, qui interroge en tout cas sur le pouvoir sacré, sur l'absence de rationalisation face à cette dimension du prêtre. Ses parents s'en étonnent et Stéphane parle enfin: "Un homme m'a caressé; il a mis sa main dans mon short". Au début. Mais "je ne suis pas né sous une bonne étoile ", souligne M. Hoarau, placé à l'âge de 4 ans en famille d'accueil après avoir été déjà victime d'un prédateur sexuel dans son entourage familial. "Après les scouts, s'en suivront d'autres galères, familles d'accueil, foyers et " mise à la rue " à 18 ans à peine.Depuis, " je me suis marié ".

Pierre-Emmanuel Germain-Thill, une autre victime qui enlève symboliquement son foulard de scout en venant témoigner à la barre, assure avoir été abusé "une fois tous les 15 jours, pendant deux ans". "Alors que changer un enfant, c'est très loin des caresses sur le sexe" de Bernard Preynat.

"Des visions me reviennent". Mais "j'avais peur de devenir moi-même un agresseur". "Maintenant, je le reconnais", a-t-il dit, reconnaissant n'avoir jamais eu d'attirance sexuelle pour les adultes.

La présidente, Anne-Sophie Martinet, a indiqué que seraient entendus dans l'après-midi les experts qui ont tenté de sonder la personnalité de Bernard Preynat, prêtre adulé et pervers sexuel.

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