Carlos Ghosn va livrer sa vérité

09 Janvier, 2020, 08:23 | Auteur: Ruben Ruiz
  • L’ex-directeur de Renault-Nissan Carlos Ghosn le 3 avril 2019 à Tokyo

Malgré les embouteillages et sous une pluie battante, Carlos Ghosn est arrivé avec dix minutes d'avance, mercredi 8 janvier, à l'Ordre de la presse de Beyrouth, dans la salle réservée pour sa première conférence de presse, à ce qui était peut-être le rendez-vous de sa vie.

Il n'est en revanche pas revenu sur les conditions dans lesquelles il a fui le Japon. Il a continué à répondre longuement aux questions de la presse après sa prise de parole initiale de près d'une heure. Tout du long, l'homme d'affaires a fustigé le système judiciaire du Japon, où il est accusé de malversations financières. Carlos Ghosn "a critiqué le système judiciaire (japonais, NDLR) sous différents aspects de façon erronée".

Carlos Ghosn a dit n'avoir aucune garantie des autorités libanaises à ce sujet mais a indiqué qu'il avait confiance dans la loi et dans le président du Liban.

Assigné à domicile, Carlos Ghosn avait interdiction de quitter le Japon dans l'attente d'un procès dont la date n'a pas été fixée, ainsi que de contacter son épouse Carole, qui est désormais visée par un mandat d'arrêt de la justice japonaise.

"J'étais otage" au Japon, a-t-il ajouté, arguant de son "innocence", alors que défilaient derrière lui des documents pour soutenir ses propos.

Il est également dans le viseur de la justice française qui l'accuse d'"abus de biens sociaux" et de "corruption", notamment, après l'organisation de deux soirées au Château de Versailles en 2014 et 2016. En guise de justification, l'ancien patron s'est présenté comme un Mécène expliquant que Renault-Nissan a versé un million d'euros pour participer à la rénovation du château qui, en échange, lui a proposé de lui prêter une pièce pour organiser une réception.

"Dans tous les cas, son évasion n'est pas justifiable", a-t-elle poursuivi.

"Ghosn était un homme d'affaires hors pair, ça ne fait pas de doute, mais dans ce genre de spectacle, il apparaît trop plein de ressentiments et cela manque d'arguments solides pour asseoir sa défense", a commenté Hisao Inoue, journaliste et essayiste qui a suivi l'affaire depuis le début. "Ce sont des responsables de Nissan, du ministère public japonais qui sont à l'origine de mon calvaire", a-t-il affirmé, voyant dans sa disgrâce une tentative de mettre fin à l'influence de Renault et de l'Etat français dans l'alliance mise en place avec le constructeur automobile japonais. Carlos Ghosn a, en effet, profité de son allocution pour rappeler de nombreuses fois son implication dans l'entreprise. "Pendant 17 ans, j'étais considéré comme un modèle au Japon et soudainement une poignée de cadres à Nissan et quelques procureurs disent que je suis une sorte de dictateur", s'est-il offusqué.

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