Le sud de l'Irak à feu et à sang, 31 manifestants tués

30 Novembre, 2019, 13:42 | Auteur: Lynn Cook
  • Le sud de l'Irak paralysé au lendemain d'une journée meurtrière

Des manifestants ont incendié la représentation diplomatique iranienne dans la ville sainte chiite de Najaf, à l'issue d'une nouvelle journée sanglante d'un mouvement conspuant le pouvoir à Bagdad et son mentor, Téhéran.

Dans un communiqué, les services du Premier ministre irakien Adel Abdel Mahdi ont annoncé ce vendredi que ce dernier allait présenter sa démission au Parlement.

L'armée avait envoyé des renforts pour lutter contre les troubles à Nasiriya, lieu de naissance du Premier ministre Adel Abdul Mahdi et lieu de rassemblement pour les manifestations.

Le 29, Ali Sistani appelle le Parlement à retirer sa confiance au gouvernement pour éviter le " chaos ". 46 manifestants sont tués et près d'un millier blessés, dont au moins 25 à Nassiriya.

Depuis jeudi, 42 manifestants ont été tués à Nassiriya, où les forces de l'ordre les pourchassent en tirant à l'arme automatique.

Depuis le début du mouvement de contestation qui réclame le renouvellement du système et de la classe dirigeante jugée corrompue, plus de 380 personnes en grande majorité des manifestants ont été tuées et quelque 15.000 blessées selon un bilan de sources médicales et policières compilé par l'AFP. Elle a menacé de faire sombrer le pays dans le chaos après que des hommes en civil et des combattants tribaux ont sorti leurs armes.

Le consulat iranien à Kerbala, l'autre ville sainte d'Irak, avait déjà été pris pour cible par des manifestants très remontés en début novembre.

Cette figure tutélaire de la politique irakienne soutient les revendications des manifestants mais n'a pas jusqu'ici retiré sa confiance au gouvernement, qu'elle a appelé à de multiples reprises à la "retenue".

" C'est notre première victoire et on en aura encore plus face aux autres " politiciens que les manifestants jugent corrompus, incompétents et affiliés aux puissances influentes en Irak, en tête desquelles l'Iran, a lancé l'un d'eux à l'AFP au milieu des chants nationalistes diffusés à tue-tête par les conducteurs de touk-touk, ces petits véhicules à trois roues devenues les ambulances de fortune de la révolte.

Dans le Sud également, à Diwaniya, des milliers d'Irakiens se sont rassemblés samedi pour réclamer "la chute du régime" et la fin du système politique conçu par les États-Unis, après le renversement de Saddam Hussein en 2003 consécutif à l'invasion américaine du pays.

Le 9, après des réunions sous l'égide du puissant général iranien Qassem Soleimani, les partis au pouvoir se mettent d'accord pour maintenir le gouvernement Abdel Mahdi en place et en finir avec la contestation, quitte à recourir à la force.

Dans le pays, l'un des plus riches en pétrole du monde, un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté et les infrastructures sont délabrées alors qu'en 16 ans, l'équivalent de deux fois le PIB s'est évaporé dans les poches de politiciens et d'entrepreneurs véreux. Là, comme dans les autres villes du Sud, les écoles sont fermées, de même que de nombreuses administrations.

Le sud de l'Irak était à feu et à sang jeudi, la mort de 28 manifestants dans la répression des forces de l'ordre ne faisant pas faiblir les attaques des protestataires contre des bâtiments officiels dont le consulat d'Iran dans la ville sainte chiite de Najaf. Mais jusqu'ici, ils ne sont pas parvenus à toucher la production et la distribution du pétrole, unique ressource en devise du pays et qui représente 90% des recettes d'un gouvernement surendetté.

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