Huile de palme dans les biocarburants : des députés réclament un nouveau vote

16 Novembre, 2019, 23:32 | Auteur: Aubrey Nash
  • L'Assemblée maintient l'huile de palme parmi les biocarburants les écologistes furieux

"[.] L'enjeu de Total, ce n'est pas l'huile de palme, puisque l'usine de La Mède peut fonctionner avec des huiles de colza ou de tournesol", assurait alors le dirigeant. Son utilisation massive dans l'industrie est notamment accusée par les défenseurs de l'environnement de provoquer une déforestation massive et de menacer la biodiversité des forêts tropicales mondiales.

L'huile de palme, sujet glissant pour les députés? Il est resté sur cette position avant le vote de vendredi. La question a semé le trouble dans la majorité ces dernières 24 heures, car l'Assemblée avait voté jeudi à toute vitesse un amendement contraire, qui prévoyait le report à 2026 de cette exclusion de l'huile de palme de la liste des biocarburants.

Un texte défendu par huit députés - trois MoDem, trois LREM et deux LR, parmi eux figurent quatre élus des Bouches-du-Rhône, où est située la raffinerie de Total qui transforme de l'huile de palme en carburant, relève franceInfo. Il n'a fait l'objet d'aucun débat en séance. Le groupe Total avait en effet tenté un recours après la décision des députés l'an dernier d'exclure l'huile de palme de ce régime fiscal favorable. Mais le Conseil constitutionnel avait débouté le géant pétrolier, jugeant que le Parlement pouvait tout à fait supprimer cet avantage. D'autres solutions (que l'huile de palme) existent et ne sont pas responsables de désastres écologiques!

Le gouvernement a ainsi été déjugé par sa propre majorité vendredi soir.

Cet amendement n'a pourtant pas été soutenu par Joël Giraud, rapporteur général LREM.

La spécialiste des finances et vice-présidente du groupe LaREM Bénédicte Peyrol parle carrément d'une "erreur à rattraper".

Les députés ont décidé jeudi 14 novembre par leur vote de reporter à 2026 l'effacement de l'huile de palme de la liste des biocarburants. Biocarburants qui bénéficient de moins de taxes et donc d'un avantage fiscal. En octobre, Patrick Pouyanné avait demandé "à être au même niveau de compétition que nos concurrents européens qui, contrairement à nous, bénéficient d'un avantage fiscal jusqu'en 2030".

Par ailleurs, ce dernier "a souligné que la puissance publique avait été incohérente en soutenant la transformation de l'usine de La Mède en bio-raffinerie [qui appartient à Total] et en réclamant des investissements de 200 ou 300 millions d'euros, il y a quelques années, pour ensuite renoncer à un soutien", justifie le député Roland Lescure (LREM), président de la Commission des affaires économiques. "Cela peut s'entendre", a-t-il ajouté.

Selon l'association Les Amis de la Terre, citée par la radio, "les députés de la majorité, avec la complicité du gouvernement, [ont cédé] au lobbying éhonté de Total" en faisant au groupe un "cadeau fiscal évalué entre 70 et 80 M€". Elle emploie près de 250 personnes et doit traiter jusqu'à 650 000 tonnes d'huiles et de graisses chaque année.

Ainsi, selon lui, "une solution gagnant-gagnant serait que la France arrive à convaincre ses partenaires européens de sortir plus tôt de l'huile de palme, par exemple dans cinq ans, en 2026, et non en 2030". La commission des Finances de l'Assemblée a validé la demande identique du rapporteur général Joël Giraud (LREM) d'une deuxième délibération. Finalement, une nouvelle délibération a eu lieu vendredi 15 novembre au soir, lors de laquelle l'Assemblée nationale a fait marche arrière avec un vote défavorable concernant cet amendement.

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