Les mutineries s'étendent, appel du pouvoir à manifester à La Paz — Bolivie

10 Novembre, 2019, 08:24 | Auteur: Lynn Cook
  • Un appel au blocage des postes-frontières de Tambo Quemado et Desaguadero a été lancé pour le 7 novembre 2019- Crédit

Dans une Bolivie sous haute tension, avec des mutineries d'unités policières et l'occupation de médias d'État par des manifestants, le président Evo Morales a lancé samedi un appel au dialogue qui a aussitôt été rejeté par l'opposition.

Avant la réunion, le ministre de la Défense Javier Zavaleta a assuré qu'il n'était pas question d'une intervention militaire contre les mutins pour l'heure: 'Aucune opération militaire ne sera menée pour le moment, c'est totalement exclu', a-t-il déclaré.

Dix-sept jours après le début des manifestations contre la réélection contestée d'Evo Morales, au moins trois unités de police ont rejoint les rangs des manifestants, dans la ville de Cochabamba, puis à Sucre et à Santa Cruz, une région riche située à l'est du pays et bastion d'opposition. La commission électorale avait soudainement interrompu la diffusion en direct des résultats des élections alors qu'il apparaissait que le président Evo Morales, âgé de 59 ans, avait recueilli 45,28% des suffrages contre 38,2% pour le candidat de l'opposition Carlos Menas, un centriste ayant déjà dirigé la Bolivie de 2003 à 2005.

Par ailleurs, les policiers de l'Unité des opérations de police tactique (UTOP) de La Paz, qui contrôlaient strictement l'accès à la place Murillo où se trouve le siège du gouvernement, se sont retirés samedi matin en signe de soutien aux mutins, a constaté un journaliste de l'AFP. "Nous allons être du côté du peuple, pas avec les généraux", a ajouté un de ses collègues, qui ne pouvait pas non plus être identifié.

Une vingtaine d'agents ont grimpé au sommet du bâtiment du quartier général de la police à Cochabamba en agitant le drapeau bolivien ainsi qu'une banderole dénonçant une élection présidentielle frauduleuse. Les manifestants ont fait exploser des pétards dans une ambiance festive et ont hissé sur un mât un drapeau bolivien (rouge, jaune et vert) chantant l'hymne national. Les chaînes de télévision locales ont également montré des images de manifestants serrant la main de policiers dans le centre de la capitale, un contraste avec les trois nuits précédentes où les deux camps s'étaient affrontés.

M. Camacho était à un rassemblement dans la partie sud de La Paz vendredi après-midi quand la nouvelle de la mutinerie de Cochabamba s'est répandue.

"J'ai pleuré d'émotion, Grande Police", a tweeté M. Camacho peu après. "Nous dénonçons devant la communauté internationale cette attaque contre l'Etat de droit ", a indiqué sur Twitter le président indigène de gauche à l'issue d'une réunion d'urgence avec plusieurs ministres et le commandant en chef des forces armées. "Merci d'être avec ton peuple, que Dieu te bénisse".

Une foule de manifestants hostiles au président Evo Morales a occupé samedi à La Paz les sièges de deux médias d'Etat, la télévision Bolivia TV et Radio Patria Nueva.

Dans la région d'Obrajes, au sud de La Paz, les gens dans les rues ont célébré les mutineries policières comme si l'équipe nationale bolivienne de football avait gagné, a observé un journaliste de l'AFP. Il a été réélu pour un quatrième mandat allant jusqu'en 2025, mais l'opposition ne reconnaît pas cette élection qu'elle estime entachée de fraude et réclame sa démission. Ces manifestations qui secouent le pays depuis le 20 octobre ont fait trois morts et quelque 200 blessés.

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