Macron juge l'Otan en état de "mort cérébrale"

08 Novembre, 2019, 09:37 | Auteur: Lynn Cook
  • Macron fait état de la «mort cérébrale» de l'Otan

Dans un entretien accordé au magazine britannique The Economist, le président français affirme que l'Otan est en état de "mort cérébrale" et demande à ses partenaires européens de "se réveiller" pour que l'UE reste un acteur majeur. "Vous avez des partenaires qui sont ensemble dans une même région du globe, et vous n'avez aucune décision stratégique des États-Unis d'Amérique avec les partenaires de l'Otan", explique le président français à propos de l'offensive militaire turque dans le Nord-Est syrien. Le président de la République, qui a estimé que l'Otan était en état de "mort cérébrale", s'est attiré les critiques polies mais assurées de l'Allemagne et des États-Unis, qui jugent ce partenariat stratégique incontournable. Nous nous sommes engagés pour lutter contre Daech.

"Je considère que ce qui s'est passé depuis plusieurs jours est une faute lourde de l'Occident et de l'Otan dans la région et cela affaiblit notre crédibilité pour trouver des partenaires sur le terrain qui se battront à nos côtés en pensant qu'ils sont protégés durablement, et ça interroge aussi le fonctionnement de l'Otan", a-t-il estimé. C'est une vraie question. Ce sera quoi l'article 5 demain?

Réitérant son souhait de voir l'Europe se doter d'une autonomie sur le plan militaire, il prône, au passage, la nécessité de "rouvrir un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie".

L'Europe a oublié qu'elle était une communauté, en se pensant progressivement comme un marché.

Enfin, le rééquilibrage du monde va de pair avec l'émergence - depuis 15 ans - d'une puissance chinoise qui crée un risque de bipolarisation et marginalise clairement l'Europe.

En conséquence, il estime que si les Européens n'ont "pas un réveil, une prise de conscience de cette situation et une décision de s'en saisir, le risque est grand, à terme, que géopolitiquement nous disparaissions, ou en tout cas que nous ne soyons plus les maîtres de notre destin".

Emmanuel Macron et Donald Trump lors du sommet de l'OTAN à Bruxelles en juillet 2018.

Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l'Otan, a lui aussi réagi à l'occasion d'un discours à Berlin, rapporte le site Foreign Policy. Interrogé par les journalistes, le premier ministre canadien Justin Trudeau a pour sa part souligné le "rôle extrêmement important" de l'organisation internationale sur la scène internationale, notamment en Irak et en Lettonie. "Une définition précise de l'état actuel de l'Otan", estime Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, sur Facebook.

Le président français a cependant eu dans la même interview des mots sévères sur la Russie dont le modèle "anti-européen", de "sur-militarisation" avec une population déclinante et un PIB "équivalent à celui de l'Espagne" n'est selon lui "pas soutenable". Si elle ne veut pas devenir un "vassal de la Chine", la Russie n'a d'autre alternative qu'un "partenariat avec l'Europe", a-t-il ajouté.

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