"Nous sommes en guerre" — Emeutes au Chili

23 Octobre, 2019, 10:50 | Auteur: Lynn Cook
  • Un manifestant renvoie une grenade lacrymogène vers les forces de l'ordre lors de manifestations le 19 octobre 2019 à Santiago du Chili

Les quelque 7,5 millions d'habitants de Santiago ont passé une troisième nuit sous couvre-feu, de 20 h à 6 h (heure locale). Selon les autorités, 1462 personnes ont été arrêtées, dont 644 dans la capitale et 848 dans le reste du pays.

Lors des manifestations, de nombreux protestataires ont également dénoncé le pouvoir économique des dirigeants et l'injustice d'un système économique qui favorise avant tout le capital, alors que le président Sebastian Pinera est lui-même un des hommes les plus riches du Chili et que son gouvernement compte de nombreuses personnalités du monde des affaires.

Lundi soir, l'Institut national des droits humains (INDH), un organisme public indépendant, a souligné que parmi les blessés, 84 l'avaient été par armes à feu.

L'état d'urgence est en vigueur depuis vendredi soir dans la capitale.

Près de 10 000 policiers et soldats ont été déployés dans la capitale. C'est la première fois que des militaires patrouillent dans les rues depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990).

Les manifestations pourraient s'amplifier avec l'appel lancé par la Centrale unitaire de travailleurs (CUT), la plus grande confédération syndicale du pays, et 18 autres organisations à des grèves et manifestations mercredi et jeudi à Santiago.

Les émeutes qui secouent le pays sont survenues à la suite d'un mouvement de contestation, initié par des lycéens et des étudiants, qui a débuté il y a deux semaines en raison de la hausse du prix du ticket de métro.

"Nous sommes en guerre contre un ennemi puissant, implacable, qui ne respecte rien ni personne et qui est prêt à faire usage de la violence et de la délinquance sans aucune limite", a affirmé le président Sebastian Pinera, en mettant l'accent sur les actes de vandalisme, plutôt que sur les revendications sociales des manifestants.

"Ce n'est pas à cause de 30 pesos, mais des trente dernières années", peut-on lire sur les murs de la ville, en référence à la multiplication ces dernières décennies des privatisations dans la santé, l'éducation ou l'eau et à l'explosion des inégalités. "Il y a les retraites, les queues au dispensaire, les listes d'attente à l'hôpital, le prix des médicaments, les bas salaires", explique à l'AFP Orlando, 55 ans, allé lundi manifester à bicyclette. Les forces de l'ordre vérifiaient les papiers des automobilistes pour s'assurer qu'ils avaient l'autorisation de circuler malgré le couvre-feu.

Aux affrontements entre manifestants et policiers se sont ajoutés des pillages, qui se déroulaient dans plusieurs endroits de la capitale.

Après d'importantes manifestations qui s'étaient déroulées globalement dans le calme lundi à Santiago, des incendies et des pillages se sont encore produits pendant la nuit.

Après avoir tenté la veille de reprendre leurs activités, avec de longues files d'attente pour s'approvisionner alors que des dizaines de supermarchés et de stations-service ont été saccagés ou incendiés, les Chiliens se préparaient à une nouvelle journée d'incertitude mardi. Seule l'une des sept lignes de métro a rouvert et le réseau de bus n'a repris que partiellement.

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