Paris négocie à Bagdad le transfert de ses jihadistes de Syrie

20 Octobre, 2019, 09:53 | Auteur: Lynn Cook
  • L'armée syrienne à Tal Tamer le 15 octobre 2019.                  AFP

Mais la diplomatie irakienne a fait savoir dans un communiqué que Bagdad ne voulait "pas des terroristes étrangers qui avaient mené des attaques hors d'Irak".

Mardi, des experts de sept pays européens (France, Allemagne, Grande-Bretagne, Belgique, Pays-Bas, Danemark et Suède) ont été dépêchés à Bagdad.

Le régime de Damas, qui reprend peu à peu le contrôle des zones où les Kurdes jouissaient d'une semi-autonomie depuis le début de la guerre civile en 2011, pourrait aussi mettre la main sur les jihadistes étrangers et leurs familles et les exhiber ou les instrumentaliser, un scénario redouté dans les chancelleries européennes.

"Il y a des discussions entre Américains, Britanniques, Français et Irakiens sur le financement de la construction de prisons", affirme à l'AFP Hicham al-Hachémi, spécialiste des mouvements jihadistes.

Environ 12.000 femmes et enfants de combattants de l'EI sont retenus dans des camps de déplacés du nord-est syrien souvent surpeuplés.

Mohammed Ali al-Hakim, le chef de la diplomatie irakienne, a également plaidé pour qu'une " solution soit trouvée " pour ces familles, alors que l'Irak compte encore des milliers de familles de l'EI en Syrie. La France souhaite que les jihadistes soient jugés en Irak, si les procès sont conformes au droit international.

De plus, l'offensive a provoqué l'exode de 160 000 personnes dans le nord de la Syrie, d'après l'ONU, alors que le Conseil de sécurité s'est inquiété mercredi "du risque de dispersion" des jihadistes retenus prisonniers dans le nord-est de la Syrie, sans toutefois réclamer la fin de l'offensive militaire turque contre les Kurdes.

Jusqu'ici, 14 Français ont été condamnés à Bagdad pour "appartenance" au groupe Etat islamique (EI), une accusation suffisante pour prononcer la peine capitale.

"L'instabilité géopolitique de la région et la porosité de ce qu'il reste des camps kurdes laissent redouter deux choses: d'une part des migrations incontrôlées des djihadistes vers l'Europe avec le risque d'attentat par des personnes très idéologisées, et d'autre part la reconstitution de groupes terroristes combattants particulièrement aguerris et déterminés dans la région", a-t-il expliqué, dans une prise de parole inédite alors que les autorités françaises se refusent pour l'instant à ces rapatriements.
Environ 300 femmes et enfants français se trouvent aux mains des forces kurdes soumises depuis le 9 octobre à une offensive turque qui a déjà provoqué l'évasion de centaines de jihadistes, selon les autorités kurdes. "Nos enfants sont tous judiciarisés en France et nulle part ailleurs" où ils seront incarcérés, rappellent les familles face aux craintes de l'opinion publique.

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