Attaquée, la mère voilée s'est fait "détruire sa vie"

17 Octobre, 2019, 01:23 | Auteur: Sue Barrett
  • Julien Odoul est conseiller régional de Bourgogne Franche-Comté.  Ph. Jérémie Fulleringer

Quelque 200 personnes ont manifesté ce mercredi à Besançon en soutien à cette femme à qui l'élu a demandé qu'elle retire son voile alors qu'elle accompagnait une classe de CM2 à une séance du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. "Fatima E., dont l'identité complète n'est pas révélée, relate alors les conditions qui l'ont conduite, vendredi dernier, à accompagner son fils et ses camarades au conseil régional".

Arrivés sur les lieux, le groupe d'élèves aurait dû rester pendant une dizaine de minutes dans la salle, pour voir "comment ça se passe". Et là j'entends quelqu'un dire "au nom de la laïcité", puis j'entends des personnes qui commencent à crier, s'énerver. "Franchement, j'étais là sans être là", a-t-elle expliqué. La seule chose que j'ai vue, c'était la détresse des enfants (.) Ils me disaient: "Mais c'est contre toi! Ils étaient vraiment choqués et traumatisés", raconte-t-elle.

Au lendemain de cet échange tendu, Renaud Capuçon, le mari de la journaliste de CNews, s'est exprimé sur Twitter pour expliquer que son épouse était victime "d'insultes" et prendre sa défense.

Fatima E. qui "participe régulièrement aux sorties scolaires", revient sur les faits. C'est à toi qu'ils disent d'enlever ton voile ?! Mais "ce n'était pas pour narguer, comme j'ai pu entendre certains le dire", a-t-elle éclairé. "J'avais les larmes qui commençaient à monter".

Si Fatima E. a décidé de rester dans la salle dans un premier temps, elle finit par se raviser: "Mais quand j'ai vu mon fils en train de craquer, je leur ai dit que je ne pourrai plus rester". Elle a également révélé qu'elle tremblait de la tête aux pieds et se sentait en train de tomber.

Mais en sortant, la mère de famille tombe nez à nez avec Karine Champy, une élue régionale d'extrême-droite (ex-RN).

Si au départ la maman reste dans l'hémicycle, encouragée par plusieurs élus, elle finira par se lever et partir: "Pendant ce moment où on m'encourage à rester, mon fils s'approche de moi et me saute dessus en pleurant".

"

"Tu veux que je te pousse?!"

". Vous avez réussi votre coup?" et qui tente de la provoquer en se rapprochant d'elle physiquement: "Vous allez voir, on va gagner. "Les Russes vont arriver!". Elle gesticulait beaucoup, et était à la limite de me bousculer. Concernant les propos tenus par le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, qui a affirmé que "le voile n'est pas souhaitable dans notre société", Fatima E. les qualifie de "honteux", ajoutant que, à présent, elle a "une opinion négative de ce que l'on appelle la République".

"Il vient de détruire tout un travail que je faisais indirectement auprès de cette classe, dont les élèves d'origine immigrée étaient parfois dans une attitude de penser que la France était contre eux et qu'ils sont rejetés". Mais je vous avoue que je comprends maintenant pourquoi les autres mamans voilées ne participent pas aux sorties scolaires.(...) J'ai senti un rejet que je n'avais pas senti avant.

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