Des essais cliniques illégaux dans une abbaye de la Vienne

20 Septembre, 2019, 13:37 | Auteur: Jonathan Ford
  • Le professeur Henri Joyeux dans une nouvelle polémique

On peut le résumer dans une formule: " Essai clinique sauvage ". L'Agence du médicament (ANSM) vient de les interdire et annonce avoir saisi la justice ce jeudi.

Selon M. Celli, de nombreux patients ont été reçus dans une abbaye près de Poitiers, l'abbaye de Sainte-Croix. Selon soeur Martina, soeur hôtelière du monastère jointe par l'AFP, "l'abbaye dispose d'une quinzaine de chambres et cela fait une année à peu près" que ces bénédictines hébergent les patients de cet essai clinique. Selon lui, les patients "passaient une nuit" dans l'abbaye et "subissaient une prise de sang le matin".

Soeur Martina assure qu'il n'y a pas eu de perquisition à l'abbaye. C'est grâce à une inspection de contrôle menée début septembre dans le laboratoire où les prises de sang étaient envoyées pour analyse que l'Agence du médicament a découvert l'expérimentation.

"Fonds " de dotation à but non lucratif ", auquel " ont été cédés (...) les droits de propriété intellectuelle des brevets de médicaments " basés sur les molécules testées lors de l'essai illégal, selon son site Internet, le Fonds Josefa a été créé par le professeur Fourtillan et le professeur Henri Joyeux, ancien cancérologue, qui fut radié de l'ordre régional des médecins pour ses positions controversées sur la vaccination avant d'être réintégré. Pour sa défense, celui-ci assurait hier que cette expérimentation " n'a rien à voir avec un essai clinique ", mais refusait d'en dire davantage.

Pour le moment, c'est l'Agence du médicament qui a interdit cet essai clinique (c'est une décision de police sanitaire). Mener un essai clinique sans autorisation est passible de 15.000 euros d'amende et d'un an de prison.

Une atteinte grave au code de la santéDécouvrir de tels essais sauvages "est très rare, a fortiori quand ils sont de cette ampleur", a expliqué Bernard Celli, selon qui il s'agit "d'une atteinte grave au code de la santé publique et au code pénal". Dans les faits, ces patchs ne disposaient donc d'aucune autorisation, tout comme l'abbaye Sainte-Croix où étaient réalisés les essais. Pour lui, " il y a une forme d'exploitation de la souffrance humaine " dans cette affaire qu'elle soit volontaire (pour de l'argent) ou involontaire (réalisée dans le cadre de croyances). " Un essai clinique c'est très réglementé, et c'est vrai, les procédures sont lourdes parfois". Mais ce sont des garde-fous.

Alors que la Haute Autorité de Santé (HAS) avait préconisé le déremboursement de quatre médicaments (Ebixa® et génériques, Aricept®, Réminyl® et génériques, Exelon® et génériques) largement prescrits contre la maladie d'Alzheimer, et dont les services rendus sont jugés insuffisants, les professeurs entendaient profiter du "vide thérapeutique" et de la détresse de patients souffrant également de la maladie de Parkinson, ou encore d'affections neurologiques: troubles du sommeil, dépressions nerveuses.

"Sur le site internet du Fonds Josefa, son fondateur, le professeur Jean-Bernard Fourtillan, revendique la découverte de la valentonine, supposée "protéger notre organisme et assurer la régulation des vies psychique et végétative".

Les patients accueillis à l'Abbaye-Ste-Croix pour une nuitL'Agence demande aux participants à ces essais "de ne plus utiliser ces patchs" et "d e consulter rapidement (leur) médecin traitant pour l'informer de la situation, réaliser un bilan de santé et s'assurer que la prise en charge de (leur) maladie est adéquate". Ce fonds doit son nom à une religieuse catholique espagnole, soeur Josefa Menéndez, morte en 1923 à Poitiers.

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