Salvini fait éclater la coalition populiste, colère du M5S — Italie

12 Août, 2019, 15:26 | Auteur: Lynn Cook
  • La tournée des plages de Salvini ralentie par des tensions politiques

Pendant ce temps à Rome, les spéculations vont bon train sur l'éventuelle formation d'un nouvel exécutif Cinq Etoiles, soutenu de l'extérieur (au parlement) par l'aile du Parti démocrate (centre-gauche) proche de l'ex-chef de gouvernement Matteo Renzi, et d'autres parlementaires, paniqués à l'idée de perdre leur fauteuil en cas de scrutin anticipé.

La Ligue, le parti d'extrême droite du ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini, a déposé au Sénat une motion de méfiance à l'encontre du Premier ministre Giuseppe Conte, indique ce vendredi l'agence de presse italienne Ansa.

Il faut "un gouvernement institutionnel qui permettra aux Italiens [via le Parlement] de voter la réduction [déjà prévue] du nombre de parlementaires, qui évitera la hausse de la TVA [automatique début 2020, si des mesures budgétaires ne sont pas adoptées avant] et qui puisse gérer la tenue d'élections sans manipulations". Matteo Salvini, l'homme fort du gouvernement italien et chef de la Ligue, a réclamé jeudi 8 août un retour aux urnes, faisant éclater la coalition populiste instaurée avec son allié populiste et provoquant une crise à l'issue incertaine.

Le chef du gouvernement a intimé à M. Salvini de "venir expliquer aux électeurs qui croyaient à la possibilité d'un changement les raisons qui l'ont amené à interrompre brutalement", l'expérience du gouvernement, alors que la Ligue a obtenu pratiquement tout ce qu'elle voulait.

En décrétant qu'il n'y avait plus de majorité gouvernementale, Matteo Salvini a entériné la rupture avec le M5S. Au lieu de démarrer en fanfare un tour des plages, il a eu une première longue discussion avec le chef de gouvernement Giuseppe Conte.

Une réunion des groupes parlementaires du Sénat est programmée en fin d'après-midi pour définir le calendrier de cette crise.

Quelle que soit la date des élections, la Ligue se présentera en position de force avec 34% recueillis aux européennes de mai et des sondages qui la donnent à 36-38% des intentions de vote, lui permettant potentiellement de gouverner seule, ou avec l'appui acquis d'avance du parti post-fasciste Fratelli d'Italia.

Aux Européennes, le M5S avait chuté à environ 17% des intentions de vote, moitié moins que son score aux législatives de mars 2018, et n'a pas remonté la pente depuis.

"L'électorat du Nord" riche du pays, qui représente la base sociale de la Ligue, "était très fatigué par ce gouvernement, il ne le supportait plus", a assuré à l'AFP Massimo Franco, éditorialiste du Corriere della Sera.

La grande inconnue reste la réaction du chef de l'Etat, M. Mattarella, qui a seul le pouvoir de dissoudre le Parlement, après consultation des présidents des deux chambres et des principaux dirigeants politiques avant de convoquer un scrutin.

Les médias italiens ont évoqué la date du 20 août pour le vote d'une motion de censure qui ferait tomber le gouvernement, avec une dissolution du Parlement dans les jours suivants. De nouvelles élections devraient être convoquées dans un délai de 70 jours, selon la Constitution italienne.

Le torchon brûle entre la Ligue et le Mouvement 5 Étoiles.

En cause: c'est la période où le gouvernement doit être concentré pour préparer le budget de l'année prochaine, en discuter avec Bruxelles et le présenter pour adoption au Parlement.

Un gouvernement expédiant les affaires courantes n'aurait pas le poids nécessaire pour négocier avec Bruxelles, ce qui pénaliserait l'Italie sur les marchés, alors que les taux italiens ont déjà grimpé après les annonces de M. Salvini.

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