L'ONU devrait enquêter sur la responsabilité de Mohammed ben Salmane — Affaire Khashoggi

19 Juin, 2019, 20:21 | Auteur: Lynn Cook
  • Rassemblement en mémoire de Jamal Khashoggi

Il s'agissait là d'une exécution délibérée, préméditée, d'une exécution extrajudiciaire dont l'État d'Arabie saoudite est responsable en regard du droit international lié aux droits de l'homme, indique un rapport de la rapporteure spéciale de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard.

Mme Callamard a enquêté pendant six mois sur cette affaire et la principale conclusion de son rapport est lourde de conséquences puisqu'elle estime qu'il existe des preuves suffisantes pour enquêter sur le rôle du prince héritier saoudien dans ce meurtre.

Sur le site OrientXXI, la rapporteure spéciale donne déjà ce 19 juin des indications, dont celle-ci: " Sur la base des informations qui m'ont été données, je suggère qu'au moins deux officiels fassent l'objet d'enquêtes plus approfondies sur leur responsabilité criminelle: Saoud al-Qahatni et Mohamed Ben Salmane, le prince héritier.

"Compte tenu des preuves crédibles concernant les responsabilités du prince héritier dans cet assassinat, de telles sanctions devraient également inclure le prince héritier et ses biens personnels à l'étranger", fait-elle valoir.

Salah Khashoggi, le fils du journaliste tué, reçoit les condoléances du prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, le 23 octobre 2018.

Selon elle, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, devrait lui-même être en mesure d'ouvrir une enquête pénale internationale de suivi sans qu'un État ait à intervenir dans ce dossier.

Elle a mis en garde contre "l'importance disproportionnée accordée à l'identification de l'auteur du crime", soulignant que la justice ne doit pas uniquement établir la responsabilité de l'auteur physique du crime.

Une enquête judiciaire "vise également, sinon principalement, à identifier les personnes qui, dans le contexte de la perpétration d'une violation, ont abusé des responsabilités de leur poste d'autorité ou ne les ont pas remplies", fait-elle valoir. Après avoir dans un premier temps nié le meurtre, Riyad avait avancé plusieurs versions contradictoires et soutient désormais que Jamal Khashoggi a été tué lors d'une opération non autorisée par le pouvoir.

Selon les conclusions de la CIA, rapportées par le Washington Post et Reuters, le prince héritier Mohamed ben Salman, qui exerce de facto le pouvoir à Ryad, a lui-même ordonné l'assassinat du journaliste et opposant.

Dans son rapport, l'experte publie les noms et fonctions d'une "équipe de 15 Saoudiens", certains ayant ou ayant eu des liens avec le bureau de MBS, et dont la mission aurait été d'exécuter M. Khashoggi.

La Turquie a pour sa part appuyé avec force les recommandations du rapport de Mme Callamard pour élucider le meurtre de Khashoggi et demander des comptes à ceux qui en sont responsables.

Mme Callamard, qui a eu accès à un enregistrement audio des services secrets turcs, présente des détails horrifiants sur ce qui se serait passé dans le consulat saoudien à Istanbul, avant l'arrivée du journaliste saoudien puis en sa présence. "C'est la première fois que je découpe par terre", peut-on ainsi lire dans son rapport.

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