Le président du directoire du Monde également convoqué par la DGSI

23 Mai, 2019, 16:53 | Auteur: Sue Barrett
  • Ariane Chemin une grand reporter du Monde à Paris le 28 février 2019. AFP  Eric Feferberg

Valentine Oberti a rappelé qu'un journaliste ne dévoile jamais ses sources.

Le président du directoire du journal Le Monde, Louis Dreyfus, a également été convoqué le 29 mai par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), dans les mêmes circonstances qu'Ariane Chemin grand reporter au quotidien, a annoncé jeudi l'intéressé à l'AFP.

ONG et syndicats de journalistes ont condamné ces convocations, estimant que cela constituait une atteinte à la liberté de la presse. "C'était le 15 février, dans les locaux de la DGSI à Levallois-Perret, parce que je travaillais sur les ventes d'armes françaises à l'Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis", a expliqué Valentine Oberti sur la chaîne TMC.

Par ailleurs, l'ingénieur du son de Valentine Oberti et une journaliste de son équipe, ont été respectivement entendus le 11 et 15 avril.

Mi-mai, trois autres journalistes ayant enquêté sur l'exportation d'armes françaises utilisées au Yémen - les deux fondateurs de Disclose et un journaliste de Radio France - avaient été convoqués par les services secrets français, tous trois dénonçant une "tentative d'intimidation". Selon le quotidien, l'enquête en cours vise plusieurs écrits de M. Chemin sur les affaires d'Alexandre Benalla, notamment ceux qui font référence à Chokri Wakrim, sous-officier de l'armée de l'air qui est aussi le compagnon de l'ancien chef de la sécurité de Matignon, Marie-Elodie Poitout.

Chokri Wakrim était lié par un contrat de protection rapprochée avec un homme d'affaires russe, qui a conduit à l'ouverture d'une enquête pour "corruption", rappelle-t-il.

"L'intérêt public suppose de pouvoir enquêter sur les entourages et les liens entretenus par des collaborateurs de l'Élysée ou de Matignon, quels que soient leurs parcours antérieurs", défend Luc Bronner, directeur de la rédaction du "Monde", évoquant les services de la présidence et du Premier ministre. "En tant que témoin, notre journaliste ne pourra pas être assisté d'un avocat". "Les journalistes sont des justiciables comme les autres", a-t-elle avancé. En outre, une pétition lancée sur le site change.org par une journaliste yéménite en soutien aux reporters de Disclose, et adressée notamment à Emmanuel Macron, a recueilli à ce jour plus de 57.000 signatures.

"Profondément attaché au droit des journalistes et au secret de leurs sources, qui sont les conditions d'exercice de leur métier, je tiens à exprimer mon inquiétude suite à la convocation d'Ariane Chemin", a réagi de son côté Jean-Pierre Sueur, corapporteur PS de la commission d'enquête sénatoriale sur l'affaire Benalla. "Il est normal qu'un Etat protège un certain nombre de données nécessaires à des activités de défense extérieure et militaires", fait-elle ainsi valoir, avant de ne laisser aucun doute sur la volonté du gouvernement de poursuivre dans cette voie: "Il faut qu'on soit capable d'aller chercher les choses". "Et il y a des secrets qu'on doit aussi protéger", argumente-t-elle.

Boris Vallaud, porte-parole du Parti Socialiste, s'est dit "très préoccupé de la multiplication de ce type de convocations pour la liberté de la presse et le secret des sources, essentiels à la révélation d'affaires et scandales".

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