La pollution de l'air serait plus mortelle qu'estimé à ce jour

13 Mars, 2019, 22:07 | Auteur: Lynn Cook
  • Vue de Paris et de la tour Eiffel

Elle estime que sur le continent européen, la pollution atmosphérique cause 790.000 décès supplémentaires - dont une grande partie par des maladies cardiovasculaires, comme les arrêts cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux (AVC). "Cela signifie que la pollution de l'air fait plus de morts par an que le fait de fumer du tabac", souligne Thomas Münzel, professeur à l'université de Mayence (Allemagne) et co-auteur de l'étude. De précédents travaux chiffraient le total mondial à 4,5 millions de décès. Le nombre de décès prématurés qui seraient liés à la pollution atmosphérique est revu à la hausse par une étude publiée mardi dans une revue scientifique de cardiologie (European Heart Journal). Ces travaux démontrent que "le risque cardiovasculaire lié à la pollution de l'air a été sous-estimé, et ce constat me paraît pertinent", a commenté une scientifique qui n'a pas participé à l'étude, le docteur Holly Shiels, de l'Université de Manchester. Dans son rapport annuel publié en octobre, elle jugeait que la pollution de l'air aux particules très fines (PM2,5), au dioxyde d'azote (NO2, émis par les moteurs diesel) et à l'ozone (O3) était responsable en 2015 de 518 000 décès prématurés dans 41 pays d'Europe, et 480 000 dans l'UE.

Résultat: les auteurs de l'étude jugent " urgent " de baisser les seuils d'exposition aux particules fines. Ils arrivent au chiffre astronomique de 8,8 millions de morts causés par la pollution de l'air en 2015 sur l'ensemble de la planète, dont 2,8 millions pour la Chine. L'équipe de chercheurs, qui allie chimistes et cardiologues, a utilisé une nouvelle méthode de modélisation pour évaluer l'impact des interactions chimiques dans l'atmosphère sur les taux de mortalité. Ils ont ensuite appliqué ces données à un nouveau modèle statistique combinant les taux de mortalité et l'exposition.

En Europe, estiment les chercheurs, chaque décès supplémentaire causé par la pollution de l'air représente en moyenne une réduction de l'espérance de vie de 2,2 ans.

" Cela s'explique par la combinaison d'une piètre qualité de l'air et d'une forte densité de population, qui aboutit à une exposition parmi les plus élevées du monde ", indique le professeur Lelieveld. Les taux de mortalité excédentaire étaient particulièrement élevés dans les pays d'Europe orientale, tels que la Bulgarie, la Croatie, la Roumanie et l'Ukraine, avec plus de 200 par an pour 100 000 habitants. L'Union européenne a défini le seuil limite de 25 microgrammes de PM2.5 par mètre cube, alors que l'OMS recommande 10 μg/m3: pour ces chercheurs, l'Union devrait s'aligner sur la norme OMS, comme le font déjà les États-Unis, le Canada, l'Australie notamment.

"Dans la mesure où la plupart des particules fines et des autres polluants de l'air en Europe proviennent de la combustion des énergies fossiles, il est urgent de passer à d'autres sources d'énergie", a plaidé le Pr. Lelieveld.

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