Tuerie du Musée juif : Mehdi Nemmouche condamné à la réclusion à perpétuité

12 Mars, 2019, 17:36 | Auteur: Lynn Cook
  • Le Musée juif de Belgique  Ph. Belga

"Lors des interrogatoires, goguenard, il a opposé aux enquêteurs un droit au silence narquois (qui) confirme également sa volonté de se moquer, voire de rejeter notre état de droit", a estimé la cour, fustigeant la thèse du piège invoquée par la défense " à l'évidence contraire à l'ensemble des éléments matériels du dossier " et qui présente Mehdi Nemmouche " comme une victime ".

" Ce qu'on vous demande, sans la moindre hésitation, c'est de condamner Mehdi Nemmouche à la réclusion à perpétuité ", a déclaré l'avocat général, Yves Moreau, à l'issue de son réquisitoire, ne trouvant " aucune circonstance atténuante " en faveur du jihadiste, qualifié de " psychopathe ". Il a aussi opposé un silence glaçant aux questions de la présidente, et conclu lundi les neuf semaines de procès par une ultime provocation en lançant, sourire en coin: "la vie continue". Ses avocats avaient eux demandé au jury de ne pas prononcer de peine supérieure à quinze ans de prison.

" Mehdi Nemmouche, vous n'êtes qu'un lâche, vous tuez des gens en leur tirant dessus par derrière, vous tuez des dames âgées en leur tirant dessus à l'arme de guerre, vous tuez, car cela vous fait plaisir de tuer et parce que vous savez que vous ne prenez aucun risque", a-t-il lancé au Français, rasé de près, qui l'a écouté, le regard parfois dans le vide".

Dans ce procès, les peines sont attendues ce lundi soir. le parquet a requis la perpétuité à l'encontre de Nemmouche et au moins 30 ans de prison à l'encontre de son coaccusé, Nacer Bendrer, considéré comme étant coauteur de la tuerie en ayant fourni des armes permettant de la perpétrer. "J'ai vraiment honte d'avoir croisé ce mec", a affirmé lundi ce délinquant marseillais, qui avait connu Nemmouche en prison il y a dix ans. En d'autres termes, cette mesure permet une surveillance judiciaire au-delà de la peine principale. Jeudi, après deux jours et demi de délibérations, les 12 jurés et les trois magistrats professionnels ont estimé que Nemmouche et Bendrer étaient tous deux auteurs de la tuerie.

Le premier, un délinquant multirécidiviste radicalisé en prison et passé par la Syrie, a été reconnu coupable d'avoir abattu de sang-froid, le 24 mai 2014 au Musée juif, les Israéliens Miriam et Emmanuel Riva, 53 et 54 ans, ainsi qu'un employé belge de 26 ans et une bénévole française de 66 ans. Une aide " indispensable " sans laquelle le quadruple assassinat n'aurait pu être commis, d'après l'arrêt de la cour.

Lundi matin, lors du débat sur la peine, l'avocat général Yves Moreau avait planté le décor.

" Si vous nous dites aujourd'hui qu'en Belgique, on peut être un terroriste sans être condamné très sévèrement, alors il ne faudra pas s'étonner de voir des gens débarquer chez nous avec des bombes ou des armes de guerre dans leurs valises", a aussi insisté M. Moreau à l'adresse du jury populaire, à qui il a réclamé de la " fermeté ". Ce verdict de culpabilité a retenu les preuves de l'enquête accablant l'accusé principal, comme son ADN ou ses empreintes sur les armes, ou encore les vidéos de revendication. Nemmouche, natif de Roubaix (nord de la France), avait été arrêté à Marseille (sud) le 30 mai 2014, six jours après la tuerie, en possession des armes utilisées, un revolver et un fusil d'assaut de type Kalachnikov. Maître Michèle Hirsch, pour les organisations juives de Belgique (CCOJB), a insisté sur l'importance du témoignage des deux journalistes otages en Syrie qui ont reconnu en Nemmouche un de leurs geôliers.

Le récit de cette séquestration -objet d'une procédure distincte en France- a, selon l'avocate, montré que Nemmouche appartenait à "la même meute" que les auteurs des attentats de Paris et Bruxelles de 2015-2016, revendiqués par l'EI.

Recommande: