Sénat: zone de turbulences annoncée autour de la privatisation d’ADP

09 Février, 2019, 05:24 | Auteur: Aubrey Nash
  • Le Sénat s'oppose au projet de privatisation d'ADP

Le Sénat s'est opposé le 6 février, au projet de privatisation du groupe ADP (Aéroports de Paris), droite et gauche invoquant des arguments économiques, tout autant que des questions de souveraineté ou de sécurité.

Au cours de la séance, Roger Karoutchi, sénateur de droite, a fait valoir qu'ADP est " une entreprise qui fonctionne " et qu'il était important de la maintenir sous le giron de l'État.

Lors de l'examen en première lecture du projet de loi Pacte sur la croissance des entreprises, la chambre haute a adopté, par 246 voix contre 78, des amendements de suppression de l'article 44 modifiant le régime juridique d'ADP et ouvrant la voie à sa privatisation. La très grande majorité des Républicains, la totalités des groupes PS et CRCE (groupe communiste) ont voté pour ces amendements.

Dans la nuit, le Sénat s'est également opposé au projet de privatisation de la Française des Jeux (FDJ).

Pour sa part, le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner, a dénoncé la volonté du gouvernement de " renflouer les caisses asséchées de l'État ". Dans le camp des contres il y avait le groupe LREM et la quasi-totalité du groupe RDSE (à majorité radicale).

"Nous avons tous collectivement intérêt à ce que le texte entre en vigueur rapidement afin de soutenir l'économie française", soulignait encore la semaine dernière le ministre de l'Economie Bruno Le Maire devant les sénateurs.

"Le débat du Sénat a été houleux". Les sénateurs ont d'ailleurs mis en parallèle la privatisation prévue d' ADP et le " désastre financier de la privatisation des autoroutes", remis en lumière par le mouvement des Gilets Jaunes. Il est porté par le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire.

"Nous parlons de notre principale frontière", a renchéri David Assouline (PS). Cependant, Michel Vaspart (LR) a jugé " étonnant de vendre au privé ce qui rapporte à l'État ", se disant " opposé à la privatisation d'un monopole ".

Alliés des Républicains dans la majorité sénatoriale, les centristes auraient souhaité que leurs collègues sortent d'une "posture politique" pour amender le texte dans le sens d'une plus grande "transparence" et d'une meilleure "régulation".

Après cet examen du Sénat, la loi Pacte sera réexaminée par l'Assemblée nationale, où elle a déjà été approuvée en première lecture. "Je vous ai tendu la main et vous n'avez pas voulu la saisir, votre choix est fait", a-t-il ajouté.

Le Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises est censé mettre sur les rails un vaste programme de cessions d'actifs publics, dont le produit doit contribuer à alimenter le fonds dédié à l'innovation doté de dix milliards d'euros mais aussi au désendettement de l'Etat.

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