Le cardinal Barbarin face aux juges — Pédophilie dans l'Eglise

09 Janvier, 2019, 11:07 | Auteur: Lynn Cook
  • Du 7 au 9 janvier sept prévenus devront répondre devant le tribunal correctionnel de Lyon des chefs d’accusation de non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs et pour deux d’entre eux de non-assistance à personnes en péril

La bénévole du diocèse de Lyon, Régine Maire, chargée de recevoir les personnes "en difficulté avec l'Église" et première à rencontrer, en 2014, une victime du père Preynat, a fait de même ce mardi.

Le médiatique procès du cardinal Barbarin s'est ouvert hier au tribunal correctionnel de Lyon.

Des enquêtes ou procès aux États-Unis, en Europe, au Chili ou en Australie ont plongé cette année l'institution dans une crise de crédibilité historique, alors que les victimes d'agressions sexuelles anciennes sont de plus en plus nombreuses à déposer des plaintes. "Je n'ai jamais imaginé un seul instant devoir dénoncer à la justice les faits appris par Alexandre alors qu'il était un adulte posé, à la situation stable et donc en position de le faire lui-même", a encore fait valoir Régine Maire.

Le pape François a convoqué au Vatican pour la fin février 2019 les présidents des conférences épiscopales du monde entier pour un sommet très attendu sur "la protection des mineurs".

Les représentants du diocèse de Lyon ont éprouvé des difficultés à expliquer pourquoi ils n'avaient pas dénoncé les faits à la justice, s'en remettant à leur hiérarchie et laissant place à la culture du secret.

"Demandons au seigneur que s'accomplisse le travail de la justice, demandons lui aussi qu'il guérisse tout ce qui doit l'être, dans le coeur des victimes d'actes de pédophilie aussi injustes que terribles", a encore écrit le cardinal. Mais c'est pourtant devant les hommes qu'il comparaîtra.

Le parquet de Lyon a classé l'affaire sans suite en août 2016 mais des victimes ont alors cité directement les prévenus devant le tribunal, au grand dam du diocèse. "A ceux qui n'ont pas donné ce que j'attendais d'eux, je veux dire que jamais on oublie de telles souffrances", a poursuivi à la barre ce père de famille livrant un témoignage glaçant des agressions sexuelles commises par le père Preynat quand il était un jeune scout de la paroisse Saint-Luc dans les années 1970. Cela dure "plus de trois ans", jusqu'à l'été 1982.

Interrogé à son tour, François Devaux, cofondateur de l'association La Parole Libérée à l'origine des révélations, explique que lui aussi pensait qu'avant 2014, le diocèse ne savait rien du passé de Preynat. Mais neuf plaignants ont lancé depuis une procédure de citation directe devant le tribunal sur la base, selon eux, d'une "mauvaise interprétation de la loi". "Je comprends votre effort de politesse et de pédagogie vis-à-vis du tribunal pour lui éviter de penser que l'on cherche à contrôler la parole (.) Madame ne veut pas répondre, c'est son droit".

La défense, de son côté, crie à l'acharnement et compte sur le procès pour "rétablir un certain nombre de vérités car on ne répare pas une injustice par une autre", prévient un avocat du cardinal, Me Jean-Félix Luciani.

Depuis que l'affaire a éclaté il y a trois ans, l'archevêque de Lyon avait déjà nié les faits qui lui sont reprochés, en reconnaissant des erreurs et en demandant pardon aux victimes des prêtres pédophiles. "Parce qu'il fallait " éviter le scandale public ", rétorque le prélat, " j'ai fait exactement ce que Rome m'a demandé " en différant de quelques mois sa mise à l'écart pour ne pas attirer l'attention.

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