Concurrence : 189 millions d’euros d’amende pour six fabricants d’électroménager

07 Décembre, 2018, 00:34 | Auteur: Aubrey Nash
  • Six fabricants d’électroménager ont été sanctionnés pour une entente de grande ampleur par l’Autorité de la concurrence. LP  Anna Sole

L'autorité de la concurrence a sanctionné six fabricants de produits d'électroménager pour s'être notamment entendus sur les augmentations de prix demandés aux distributeurs. Les groupes BSH (Bosch, Siemens, Viva et Neff), Candy Hoover (Candy, Hoover et Rosières), Eberhardt Frères (Liebherr), Electrolux (Arthur Martin, AEG, Electrolux), Indesit (Indesit, Ariston, Scholtes) et Whirlpool sont aujourd'hui visés par ces pratiques illégales.

"L'entente a concerné une très forte proportion du marché compte tenu des parts de marché des participants à l'entente (70 % en 2012) et des marques concernées parmi les plus connues" souligne le gendarme de la concurrence, dans la décision publiée sur son site internet. Les produits concernés sont des appareils de gros électroménager, appelés "produits blancs": réfrigérateurs, congélateurs, lave-linge, sèche-linge, lave-vaisselle, tables de cuisson, qu'ils soient encastrables ou en pose libre.

Ces "réunions secrètes" entre hauts dirigeants avaient lieu "en marge des réunions officielles du Gifam" (le syndicat professionnel du secteur), qui n'a pas été mis en cause, dans des restaurants proches des Champs-Élysées. Le cartel se construit en trois étapes: d'abord des réunions entre les dirigeants pour définir les grandes lignes; puis d'autres réunions entre les chefs de produits ou les directeurs marketing pour déterminer la hausse de prix; et, enfin, les dirigeants se réunissent à nouveau pour finaliser les hausses et garantir leur suivi.

"Un processus assez sophistiqué".

Les premiers indices ont été transmis en 2011-2012 par des entreprises locales aux antennes territoriales de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Puis les preuves se sont accumulées à la suite de diverses opérations de visites et de saisies de documents réalisées par l'Autorité de la Concurrence.

"La sanction totale est la plus importante prononcée cette année", a précisé Mme de Silva, et la dixième plus élevée depuis 2000, le "record" remontant à décembre 2014, pour une entente dans le secteur des produits d'hygiène et d'entretien ayant abouti à une amende globale de 951,2 millions d'euros.

"Par ailleurs, BSH, qui a sollicité la procédure de clémence et apporté des éléments complémentaires à l'Autorité, a bénéficié, en tant que demandeur de clémence, d'une réduction d'amende supplémentaire au titre de sa contribution à l'instruction". Elle s'élève finalement à 23 millions d'euros, a encore précisé Mme de Silva.

En juillet dernier, le groupe américain Whirlpool avait annoncé avoir conclu un "accord préliminaire" prévoyant une amende comprise entre 111 et 134 millions de dollars (98 à 118 millions d'euros) avec l'Autorité de la concurrence, à l'occasion de la publication de ses résultats trimestriels. Il ne devra finalement payer "que" 56 millions d'euros. Electrolux suit juste derrière avec un montant de 48 millions d'euros à régler, puis Indesit (absorbé par Whirlpool après cette entente) avec 46 millions, Candy Hoover (15 millions) et 1 million pour Eberhardt Frères.

Selon Isabelle de Silva, la présidente de l'Autorité de la concurrence, cette affaire démontre " qu'il reste encore beaucoup de cartels en France dans des secteurs majeurs de l'économie: c'est un élément préoccupant ".

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