Une crise majeure se profile entre l’Arabie saoudite et ses alliés

20 Octobre, 2018, 09:39 | Auteur: Lynn Cook
  • Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane au forum Future Investment Initiative à Ryad le 24 octobre 2018

Il aurait d'abord eu les doigts coupés, un châtiment symbolique touchant les mains qui tiennent la plume pour critiquer les autorités saoudiennes. "Cela me semble bien être le cas".

Emmené dans le bureau du consul saoudien, le journaliste critique du pouvoir en place à Ryad a immédiatement été agressé par la quinzaine d'agents venus tout droit du royaume pétrolier.

Plusieurs médias, dont le New York Times, affirment que des proches du prince Mohammed ben Salman seraient directement impliqués dans la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Les autorités turques ont accusé Riyad d'avoir prémédité le meurtre du journaliste. Les véhicules ayant quitté le consulat saoudien le 2 octobre, visibles sur les images de vidéosurveillance diffusées par les chaînes de télévision turques, a mené les enquêteurs vers la forêt de Belgrad, à côté d'Istanbul, ainsi qu'aux alentours de la ville de Yalova, à 90km au sud de la capitale, selon l'agence Reuters. Preuve en est, Donald Trump a admis, pour la première fois jeudi, que le journaliste était probablement mort, menaçant l'Arabie Saoudite de "très graves" conséquences, si sa responsabilité était avérée. Un commando de tueurs saoudiens a mis fin à l'activisme subversif de Khashoggi, qui a été interrogé, torturé, démembré puis décapité ainsi que la chose a été révélée à la fois par le Washington Post et le quotidien turc Yeni Safak, qui auraient eu accès à un enregistrement sonore des faits. "Ça ne remet pas en cause ce partenariat stratégique", a-t-il déclaré.

Mohammed Ben Salman était quasi-inconnu des observateurs de la scène saoudienne avant d'être promu au rang de prince héritier. "C'est mauvais, très mauvais", a commenté le président américain.

Un peu plus tôt dans la journée, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, avait annoncé qu'il ne se rendrait pas à une conférence économique organisée à Ryad et boycottée par un nombre croissant de personnalités, dont le ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire.

Crédible pour le président américain, troublante pour le patron de l'ONU: la confirmation par l'Arabie saoudite de la mort du journaliste Jamal Khashoggi provoque émotion et interrogations sur la version de Riyad.

Donald Trump a dit "préférer que nous n'utilisions pas, comme représailles, l'annulation de l'équivalent de 110 milliards de dollars de travail, ce qui veut dire 600.000 emplois", en allusion à des contrats militaires passés avec l'Arabie saoudite.

Jeudi encore, après un appel de plusieurs ONG à l'ONU pour qu'une enquête internationale soit ouverte sur les circonstances de la disparition de Jamal Khashoggi, le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, avait souligné que des enquêtes par la Turquie et l'Arabie saoudite étaient déjà en cours.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a prévenu vendredi que les Etats-Unis disposaient d'une "large gamme de réponses" possibles à l'Arabie saoudite s'il s'avérait qu'elle était derrière la disparition du journaliste Jamal Khashoggi. Une révélation qui enfonce le fils du roi et pourrait confirmer son implication directe dans l'assassinat du journaliste opposant.

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