" "L'ONU accuse le chef de l'armée birmane de " génocide " — Rohingya

01 Septembre, 2018, 04:54 | Auteur: Lynn Cook

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi n'est pas épargnée par la mission de l'ONU.

Plusieurs pays, dont les États-Unis, ont réclamé mardi à l'ONU une justice internationale pour les responsables militaires birmans de la répression contre les Rohingya, restant toutefois vagues sur la suite à donner aux accusations de "génocide" de ce rapport onusien. Il a mis en avant la création d'une "Commission d'enquête indépendante" par la Birmanie pour répondre aux "fausses allégatoins des agences de l'ONU". "L'ONU doit s'assurer que la justice s'accomplit", a déclaré le responsable communautaire Abdul Gowffer, joint au téléphone dans les camps de réfugiés du sud du Bangladesh où vivent désormais un million de personnes. Les informations recueillies par la mission de l'ONU suggèrent que l'estimation de 10 000 morts, un chiffre de Médecins sans frontières (MSF), est "prudente". Les enquêteurs estiment dans leur rapport publié ce lundi qu'elle "n'a pas utilisé sa position de facto de chef du gouvernement, ni son autorité morale, pour contrer ou empêcher le déroulement des événements dans l'Etat Rakhine".

Néanmoins, les autorités civiles ont eu "peu de marge de manœuvre " pour endiguer les actions de l'armée et qu'aucune preuve ne permet d'étayer leur participation directe "à la planification ou à la mise en œuvre d'opérations de sécurité " et à la "structure de commandement ". La mission de l'ONU, qui n'a pas été autorisée à se rendre en Birmanie, a interrogé 857 victimes et témoins et s'est aussi servi d'images satellite. Le rapport fait ainsi état d'un "contexte oppressif" mais aussi d'"une rhétorique de la haine, de déclarations spécifiques des commandants" ou encore "d'une politique d'exclusion, y compris pour modifier la composition démographique de l'État Rakhine". "Les " tactiques " de l'armée birmane sont " systématiquement et excessivement disproportionnées par rapport aux menaces réelles à la sécurité, en particulier dans l'État Rakhine, mais aussi dans le nord de la Birmanie", selon le rapport. Une autre, plus longue, a aussi été élaborée, comprenant des individus présumés coupables.

Les enquêteurs de l'ONU recommandent que le Conseil de sécurité porte l'affaire devant la Cour pénale internationale ou que soit établi un tribunal international ad hoc sur le modèle de ce qui avait été fait pour le Rwanda ou l'ex-Yougoslavie. Ils appellent aussi à des sanctions ciblées contre les auteurs de crimes et à un embargo sur les armes. Au Conseil de sécurité, la Chine et la Russie, soutiens du régime birman et dotés d'un droit de veto, ont cependant indiqué préférer se concentrer sur "un dialogue" avec les autorités pour résoudre la crise et privilégier un "règlement bilatéral" entre le Bangladesh et la Birmanie. Traitée de "monstre " par des enquêteurs de l'ONU pour sa lenteur à réagir, l'incontournable agora virtuelle a été également épinglée par plusieurs groupes de défense des droits de l'homme pour le même grief.

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