La crise diplomatique entre Ottawa et Riyad embarrasse Washington

08 Août, 2018, 12:37 | Auteur: Lynn Cook
  • Dénonçant «une ingérence dans ses affaires intérieures», Riyad expulse l'ambassadeur du Canada

"Les tensions entre le Canada et l'Arabie Saoudite ont éclaté après des déclarations sur Twitter de l'ambassade canadienne, qui s'est dite vendredi " gravement préoccupée " par une nouvelle vague d'arrestations de militants des droits de l'homme dans le royaume, tout en exigeant leur " libération immédiate ".

" Nous sommes sérieusement inquiets de ces informations de presse et nous cherchons à en savoir plus sur la récente déclaration du Royaume d'Arabie saoudite ", a affirmé Marie-Pier Baril, porte-parole du ministère, dans un communiqué.

La crise avec le Canada est un exemple de "l'hypernationalisme saoudien croissant qui consiste à défendre vigoureusement la souveraineté par des mesures punitives envers les pays" qui osent critiquer Ryad, souligne M. Diwan. Les Nations unies ont demandé la semaine dernière la libération de militants des droits humains détenus en Arabie saoudite, notamment des femmes incarcérées pour avoir fait campagne contre l'interdiction faite aux femmes de conduire, interdiction désormais levée. Suite à ces propos, l'Arabie Saoudite a rappelé son ambassadeur au Canada " pour consultations", assurant qu'elle n'accepterait d'aucun pays une ingérence dans ses affaires intérieures ou " des diktats ".

Le 2 août, la chef de la diplomatie canadienne, Chrystia Freeland, s'était dit " très alarmée d'apprendre l'emprisonnement de Samar Badaoui ". "Nous appelons les autorités saoudiennes à les libérer immédiatement ainsi que tous les autres activistes pacifiques des droits de l'homme". D'autant que, sur ce dossier précis, l'Arabie saoudite ne risque pas grand-chose à s'en prendre au Canada. " Il est plus facile de rompre les liens avec le Canada qu'avec les autres pays ", explique Bessma Momani, professeure à l'Université de Waterloo au Canada, car les relations commerciales entre les deux pays sont faibles. Le commerce bilatéral fluctue entre 3 et 4 milliards de dollars américains chaque année, ce qui représente à peine deux jours d'échanges canado-américains. La jeune femme de 33 ans est la récipiendaire du prix international du courage féminin 2012 décerné par le département d'Etat américain.

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a exprimé sa réprobation concernant la formulation du communiqué de l'ambassade.

En avril dernier, le Premier ministre canadien Justin Trudeau lui-même avait fait part au prince saoudien de "ses préoccupations importantes et constantes" à l'égard du blogueur emprisonné. Il a été condamné en novembre 2014 à dix ans de prison et à 1 000 coups de fouet pour "insulte à l'islam".

Une dizaine de militantes des droits des femmes ont été arrêtées il y a quelques semaines et accusées de porter atteinte à la sécurité nationale et de collaborer avec les ennemis de l'État.

Comme Mme Badaoui, Nassima al-Sadah est une opposante de longue date au système de tutelle de l'Arabie saoudite, qui met la femme sous l'autorité de l'homme quand il s'agit d'étudier, de voyager ou de se marier.

Face à la fermeté canadienne, Riyad a une nouvelle fois haussé le ton et annoncé de nouvelles mesures: suspension des bourses universitaires pour ses ressortissants au Canada et transfert des étudiants vers d'autres pays.

Mais ces emprisonnements sont aussi une forme de rappel à l'ordre visant à asseoir l'autorité du prince, qui se veut seul responsable des changements sociaux de son pays. "En ce qui concerne notre relation plus large avec l'Arabie saoudite, nos diplomates ont posé des questions de procédure aujourd'hui, et nous attendons les réponses", a-t-elle dit. Le Canada lui a accordé l'asile et, depuis le 1er juillet dernier, la nationalité, ce qui contribue peut-être à expliquer l'irascibilité saoudienne vis-à-vis d'Ottawa.

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