L'état d'urgence va être levé après deux ans de purges — Turquie

21 Juillet, 2018, 02:52 | Auteur: Lynn Cook
  • L'état d'urgence va être levé après deux ans de purges — Turquie

L'état d'urgence en Turquie est arrivé à expiration tôt jeudi, a rapporté l'agence de presse étatique Anadolu.

Ce régime d'exception, qui élargit considérablement les pouvoirs du président et des forces de sécurité, a été mis en place le 20 juillet 2016, quelques jours après une sanglante tentative de coup d'Etat qui a secoué la Turquie dans la nuit du 15 au 16 du même mois.

Sous l'état d'urgence, les autorités turques ont traqué de façon implacable les putschistes présumés et les personnes perçues comme leurs sympathisants, mais elles ont aussi visé des opposants pro-kurdes, des journalistes critiques et des ONG. La septième et ultime extension de trois mois, qui avait débuté le 19 avril, a expiré jeudi à 1 heure (mercredi 22 h 00 GMT). Ankara avait récemment annoncé qu'il n'y aurait pas de nouvelle prolongation.

L'état d'urgence a notamment permis à M. Erdogan d'émettre pendant deux ans des décrets à valeur de loi qui ont profondément modifié la législation turque. Les responsables turcs rappelaient que l'état d'urgence était nécessaire pour permettre aux forces de sécurité de lutter efficacement contre toute menace dans la foulée de la tentative de coup d'Etat de juillet 2016.

Des milliers de fonctionnaires ne pourront certes plus être limogés par décret-loi, mais pendant les trois prochaines années, chaque ministre pourra licencier, sans autre forme de procès, les employés jugés " suspects " au sein de son ministère.

"La fin de l'état d'urgence pourrait ouvrir une nouvelle page en Turquie", se félicite Murat Yetkin, éditorialiste au journal Hürriyet, évoquant une plus grande indépendance de la justice et des médias.

D'autant que le parti de M. Erdogan a présenté cette semaine au Parlement un projet de loi "antiterroriste" qui contient des mesures directement inspirées de l'état d'urgence. Ainsi, le texte que l'AFP a consulté permet aux autorités de continuer, pour les trois années à venir, de limoger tout fonctionnaire lié à une 'organisation terroriste'.

En outre, les administrateurs publics nommés pendant l'état d'urgence à la tête d'entreprises soupçonnées de liens avec une "organisation terroriste" pourront rester en place pendant encore trois ans.

La durée maximale de garde à vue sera désormais de 12 jours, contre 14 jours sous l'état d'urgence et cinq jours auparavant.

Les autorités turques ont profité de l'état d'urgence pour purger l'administration et la société des éléments hostiles à l'AKP et particulièrement des personnes liées au prédicateur fondamentaliste Fethullah Gülen. Mais l'opposition tire déjà à boulets rouges sur le texte.

La principale formation anti-Erdogan, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), accuse le gouvernement de vouloir "pérenniser l'état d'urgence" avec des mesures jugées "contraires à la Constitution".

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