Quatre policiers et un manifestant tués dans des affrontements — Nicaragua

17 Juillet, 2018, 06:10 | Auteur: Aubrey Nash
  • Inti OCON  AFP

" Nous demandons à Dieu de nous accompagner".

Deux jeunes ont été tués au Nicaragua durant une attaque menée par les forces progouvernementales contre une église de Managua, d'où des prêtres catholiques tentaient samedi de faire sortir des dizaines d'étudiants qui y sont retranchés depuis la veille au soir.

Quatre policiers et un manifestant ont été tués jeudi lors de heurts à Morrito, dans le sud-est du Nicaragua où les violences ont fait plus de 260 morts en trois mois de manifestations contre le président Daniel Ortega, a indiqué une source humanitaire.

Les jeunes gens libérés agitaient des drapeaux du Nicaragua, criaient " merci " et saluaient, le poing levé, les centaines de personnes massées le long de leur itinéraire.

"On nous a dit qu'il y avait deux morts et plusieurs blessés", avait peu de temps avant ce dénouement annoncé le cardinal nicaraguayen Leopoldo Brenes à son arrivée aux abords de l'église encerclée depuis vendredi 23H00 GMT par des policiers et des paramilitaires pour tenter d'en faire sortir les étudiants.

"Vive les étudiants!", "Justice!" et "Nicaragua!", a de son côté scandé la foule, tandis que des automobilistes klaxonnaient.

Le cardinal Leopoldo Brenes, président de la CEN qui fait partie de cette mission, a désigné le gouvernement comme "l'unique responsable" de ces évènements en l'appelant à "arrêter le massacre".

L'église de la Divine Miséricorde se situe dans le sud-ouest de Managua, près de l'Université nationale autonome (UNAN).

'Nous ne voulons pas mourir!', 'aidez-nous!', avait-on pu entendre crier des jeunes gens désespérés au milieu des claquements des tirs dans une retransmission en direct fournie par trois journalistes locaux bloqués dans l'église.

Pendant la nuit, un curé était sorti de l'église, portant le drapeau du Vatican, pour évacuer des blessés graves ainsi qu'un journaliste américain du Washington Post, Joshua Partlow.

En pleine grève générale, le chef de l'Etat de gauche doit prendre vendredi la tête d'une marche en mémoire de la révolution sandiniste de 1979, vendredi vers Masaya à une trentaine de kilomètres de Managua. Son avis a d'autant plus de poids qu'il a été l'un des dirigeants du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), mouvement de guérilla qui, après une guerre civile, a mis fin en juillet 1979 à la sanglante tyrannie de la famille Somoza.

Il est accusé d'avoir durement réprimé les manifestations et mis en place avec son épouse une 'dictature' marquée par la corruption et le népotisme.

Les étudiants sont le fer de lance d'une contestation massive depuis le 18 avril contre le président Ortega, 72 ans, à la tête de ce pays, le plus pauvre de l'Amérique centrale, depuis 2007, après l'avoir déjà été de 1979 à 1990. Ce dernier est accusé d'avoir instauré une dictature avec son épouse et vice-présidente, Rosario Murillo.

La grève générale de vendredi était la deuxième depuis celle du 14 juin au cours de laquelle quatre personnes étaient mortes.

Très influente au Nicaragua, l'Eglise catholique joue le rôle de médiatrice entre le gouvernement et l'opposition, en demandant notamment des élections anticipées, mais sans succès: samedi, le président Ortega a rejeté cette éventualité.

Pour le gouvernement, les protestataires sont des "délinquants" issus de la "droite putschiste" soutenue par les Etats-Unis.

La tension était déjà montée d'un cran lundi, quand une centaine de partisans de Daniel Ortega et de paramilitaires avaient agressé des prélats catholiques dans une basilique, au lendemain d'affrontements avec des adversaires du pouvoir qui avaient fait 14 morts.

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