USA: le premier procès du Roundup démarre à San Francisco, Grandes cultures

12 Juillet, 2018, 02:55 | Auteur: Aubrey Nash
  • Une bouteille de désherbant Roundup dans une jardinerie de Lille le 15 juin 2015Plus

Pour la justice, la question sera de savoir si le Roundup est cancérigène, et si la firme a volontairement caché aux utilisateurs la dangerosité de son désherbant au glyphosate.

Si Monsanto fait l'objet de nombreuses procédures judiciaires, à des divers degrés d'avancement dans le monde sur différents sujets, le procès qui s'ouvre aujourd'hui à San Francisco est inédit. Selon l'avocat, Dewayne Johnson aurait vaporisé le Roundup "20 à 40 fois par an, parfois des centaines de gallons aspergés en une seul fois sur les sols de l'école".

Commercialisé depuis plus de quarante ans, le Roundup, l'un des herbicides les plus utilisés au monde, contient du glyphosate, une substance très controversée et qui fait l'objet d'études scientifiques contradictoires quant à son caractère cancérigène.

Même si les avocats de Dewayne Johnson n'ont pas encore fixé les sommes qu'ils comptent demander, Monsanto risquerait des millions de dollars de dommages et intérêts.

La cour supérieure de l'Etat de Californie a été saisie par DeWayne Johnson, un jardinier en phase terminale d'un cancer. Celui-ci s'est officiellement ouvert mi-juin avec la désignation d'un juge, mais après une série d'audiences techniques, les débats de fond débutent ce lundi. Son avocat, Timothy Litzenburg, assure que son client a utilisé le Roundup pendant deux ans, à partir de 2012, dans le cadre de son travail de gardien à l'école Benicia, à proximité de San Francisco.

Pour lui, comme pour ses avocats, le lien entre ses deux faits est indiscutable. "Ce n'est pas la faute à pas de chance", ce n'est pas dû à un problème "génétique", "c'est à cause de son exposition continue au Roundup et au Ranger Pro (produit similaire)", soutient l'un de ses avocats, David Dickens. " Légalement, il est extrêmement difficile de rendre une entreprise responsable de cas spécifiques de cancer ou autres maladies liées aux pesticides ", reconnaît également Linda Wells. Mais "si M. Johnson gagne ce procès, ce sera un énorme coup porté à l'industrie des pesticides toute entière", ajoute Mme Wells.

Monsanto souligne que plus de 800 études et analyses ont conclu que les herbicides à base de glyphosate ne provoquaient pas le cancer.

Contrairement à l'agence fédérale américaine de protection de l'environnement (EPA), la Californie, où se trouve San Francisco, a placé le glyphosate sur la liste des produits cancérigènes. Et dans cet État, tout fabricant ayant connaissance du caractère cancérigène certain ou suspecté d'un produit doit obligatoirement le faire figurer sur l'emballage.

Le glyphosate est aussi classé "cancérigène probable" depuis 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer, un organe de l'OMS, contrairement aux agences européennes, l'EFSA (sécurité des aliments) et l'ECHA (produits chimiques). Après la décision de l'Union européenne en novembre de renouveler la licence de l'herbicide pour cinq ans, le gouvernement français s'est engagé à proscrire l'utilisation de cette substance d'ici trois ans.

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