L'admirable mea-culpa du National Geographic sur ses reportages passés — Racisme

14 Mars, 2018, 10:07 | Auteur: Sue Barrett
  • L'admirable mea-culpa du National Geographic sur ses reportages passés — Racisme

"Pendant des décennies, nos reportages étaient racistes". L'emblématique magazine américain National Geographic a publié, lundi, un éditorial aux allures de mea culpa.

En entrevue à propos de l'édition d'avril, consacrée aux questions ethniques, la rédactrice en chef Susan Goldberg a affirmé à l'Associated Press que l'organisation se devait de se pencher sur sa propre histoire afin de progresser. "Elle explique que sa publication a décidé de faire son " examen de conscience " à l'occasion d'un numéro spécial sur le concept de " races " - " le principe même de races est une hérésie scientifique et ne résulte d'aucune façon d'une différenciation biologique ", rappelle-t-elle. " Il m'est douloureux de partager cet affreux constat qui fait pourtant partie de l'histoire du magazine".

"Jusque dans les années 1970, National Geographic a quasiment ignoré les personnes de couleur vivant aux États-Unis, ne leur reconnaissant que rarement un statut, le plus souvent celui d'ouvriers ou de domestiques", résume la rédactrice en chef Susan Goldberg.

Rappelant que "la manière dont nous présentons les minorités a une importance cruciale " et "le devoir, dans chaque article, de présenter de la manière la plus juste et la plus authentique qui soit les différentes personnes que nous mettons en exergue", le magazine indiqué avoir confié la tâche d'un examen de conscience à John Edwin Mason, professeur à l'université de Virginie spécialisé dans l'Histoire de la photographie et de l'Histoire de l'Afrique, à partir des archives de National Geographic. "Parallèlement à cela, le magazine dépeignait avec force reportages les 'natifs' d'autres pays comme des personnages exotiques, souvent dénudés, chasseurs-cueilleurs, sorte de 'sauvages anoblis'". Et les populations non blanches étaient quasi systématiquement coupées de toute narration.

Pour John Edwin Mason, contrairement à d'autres magazines comme Life, " National Geographic a très peu fait pour faire en sorte que ses lecteurs dépassent les stéréotypes de la culture blanche occidentale", dans une Amérique ségréguée. Cet article mentionne à peine le massacre de 69 personnes noires par la police. Cette absence est aussi signifiante que tous les mots imprimés.

La journaliste Susan Goldberg revient sur un reportage en Australie datant de 1916, qui a laissé l'actuelle rédaction " sans voix ". "Sous plusieurs photos d'Aborigènes, on peut lire cette légende: "Deux Noirs sud-australiens: ces sauvages se classent parmi les moins intelligents de tous les êtres humains", écrit le National Geographic de l'époque. Les Noirs représentés sur les photos sont des ouvriers, des domestiques, ou des danseurs. "Il est sans doute temps de parler des conflits basés sur l'idée erronée de 'races'".

Cent trente ans après la parution du premier numéro en 1888, le magazine s'est donc plongé dans l'analyse de la représentation des personnes de couleur, à travers ses photographies et ses textes.

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