La droite opposée à l'accord de paix l'emporte — Colombie

13 Mars, 2018, 04:56 | Auteur: Lynn Cook
  • Les négociations entre le pouvoir et les rebelles à La Havane

Pour sa part, le Parti de la U, auquel appartient le président Juan Manuel Santos, a remporté 14 sièges au Sénat et 25 à la Chambre des représentant, suivi du Parti conservateur avec 15 sièges au Sénat et 21 à la Chambre des représentants.

" C'est la première fois, en plus d'un demi-siècle, que les Farc, au lieu de saboter les élections, y participent", s'est félicité M. Santos, ajoutant que l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste), dernière guérilla active, avait " respecté " le cessez-le-feu unilatéral annoncé pour l'occasion. Il peut donc espérer rassembler, à gauche mais aussi au centre, les voix de ceux qui ne veulent pas voir voler en éclats l'accord de paix avec les FARC après plus d'un demi-siècle de conflit armé, plus de 260 000 morts, 83 000 disparus et 7,4 millions de déplacés.

L'accord de paix historique qu'il a signé en novembre 2016 avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) garantit 10 des 280 sièges du prochain Congrès à l'ancienne guérilla marxiste, devenue la Force alternative révolutionnaire commune, sous le même acronyme. Crédité de seulement 1% d'opinions favorables, il était bon dernier dans les sondages.

En tête de la coalition de droite, c'est le Centre démocratique du sénateur et ex-président Alvaro Uribe, farouche adversaire de l'accord avec les Farc, qui a recueilli le plus de voix, obtenant 19 sièges au Sénat et 33 à la chambre des députés.

Plus de 36 millions d'électeurs étaient appelés à voter, à l'issue d'une campagne marquée par des violences contre les FARC, pour les élections législatives en Colombie ce dimanche 11 mars.

Le prochain président qui sera élu lors de ce scrutin en remplacement de l'actuel chef d'État Juan Manuel Santos, dont le mandat vient à échéance en août prochain, aura besoin d'une majorité confortable pour faire passer les lois de son futur gouvernement au Congrès et gouverner en position de force. Le texte prévoit que les repentis bénéficient de peines alternatives à la prison, ce que rejettent ses opposants.

Les premiers résultats connus confirment largement que face à une gauche divisée, la droite dure, opposée à l'accord de paix qu'ils jugent trop indulgent avec les ex-Farc, devrait emporter la majorité absolue et peser sur la présidentielle des 27 mai et 17 juin. Mais elle pourrait bloquer la mise en oeuvre du reste du pacte, dont la réforme agraire et la justice spéciale de paix.

"Je suis uribiste, je suis d'extrême droite (.) je ne suis pas d'accord avec l'impunité", a déclaré à l'AFP Ruby Cascabita, 51 ans, psychologue, en votant à Bogota. C'est Gustavo Petro, l'ex-maire de Bogota, qui a emporté la primaire.

Ce dimanche ont lieu aussi les primaires des deux grandes tendances pour désigner leurs candidats présidentiels. Par exemple Sergio Fajardo, 61 ans, ancien maire de Medellín, la deuxième ville du pays. Ils ont été gelés en février par le gouvernement après des attentats meurtriers de cette guérilla d'environ 1.500 combattants. Ce scrutin revêt une importance particulière pour l'avenir de la Colombie dans la mesure où il pourrait favoriser l'émergence de nouveaux acteurs sur la scène politique du pays sud-américain, dominée depuis plus de 50 ans par les partis conservateurs de la droite et les libéraux.

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